Alors que l'économie mondiale traverse des turbulences, Thales annonce l'embauche de 3 300 ingénieurs et ouvriers en France, une initiative principalement axée sur le secteur de la défense. Ce domaine est en plein essor, nourri par des tensions géopolitiques croissantes et une augmentation conséquente des budgets militaires.
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À seulement 22 ans, Arthur Mariau a été surpris de décrocher un CDI aussi rapidement, près de chez lui à Limoges (Haute-Vienne). À la fin de son alternance, il a été embauché sur un site de production de véhicules blindés. "Aujourd'hui, l'industrie de la défense est pleine de promesses pour l'avenir. Je suis convaincu de la pérennité de notre activité", confie-t-il en tant que salarié d’Arquus.
Des embauches par centaines
Depuis 2022, l’usine fonctionne à plein régime, livrant des engins militaires principalement à l'armée française mais aussi à des pays comme l'Ukraine. "Nous commençons avec un châssis brut et, en un temps record, nous avons un véhicule prêt pour ses essais", explique Sophie Rol, directrice de l'usine Arquus de Limoges.
Pour faire face à cette demande grandissante, le site a inauguré une nouvelle ligne de production, offrant une flexibilité essentielle alors que l'entreprise négocie un contrat monumental s'élevant à cinq milliards d'euros. "Notre nouvelle ligne nous permet de produire entre deux et cinq véhicules par jour. Nous avons doublé notre cadence par rapport à il y a six ans", souligne la directrice. Pour la troisième année consécutive, l'usine, qui compte 300 salariés, prévoit d’augmenter son effectif de 10 %.
Ce phénomène s’avère paradoxal pour une région historiquement marquée par les vagues de licenciements. D'autres usines d'armement, comme celle de Montluçon (Allier), illustrent également cette dynamique avec Safran qui recrute 200 personnes chaque année depuis 2023, opérant en continu. L'offre d'emploi est telle que l'entreprise ne juge plus les CV, se contentant de demander un casier judiciaire vierge. "Nous rencontrons des profils variés, allant de coiffeurs à tatoueurs, qui se révèlent souvent parfaitement adaptés à notre milieu exigeant", témoigne Jean-Noël Mahieu, directeur des opérations chez Safran Electronics & Defense.
Une industrie qui fait vivre les communes
Pour les salariés victimes de licenciements dans les industries environnantes, ces offres sont une véritable aubaine. Un homme, nouvellement embauché, témoigne anonymement de son expérience après 23 ans dans l'industrie automobile. "C'est comme une bouffée d'air frais. Si je n'avais pas trouvé cet emploi, j'aurais envisagé de quitter la région", raconte-t-il.
Les carnets de commandes sont pleins et favorisent le dynamisme des communes alentours. Montluçon, qui a perdu près de la moitié de sa population depuis les années 60, a même pu rouvrir une classe dans une école primaire l'année dernière. "Nous constatons une augmentation de cinq à sept élèves par an, preuve d'un renouveau grâce à Safran. Une entreprise qui s'installe attire inévitablement d'autres investissements", assure Frédéric Laporte, le maire (LR) de Montluçon.
Actuellement, la France se classe au deuxième rang mondial des exportateurs d'armement, juste derrière les États-Unis. L'industrie de la défense soutient plus de 200 000 emplois à travers le pays, représentant un avenir prometteur pour ces territoires.







