Chaque année, en mai, avant l'arrivée des chaleurs estivales et la transhumance vers les montagnes, les bergers corses se rassemblent pour pratiquer « A Tundera », la traditionnelle tonte des brebis. C’est un moment essentiel qui laisse une empreinte indélébile dans la culture corse.
Un rituel primordial avant l'été
Selon les données de l’ODARC, la filière ovine de Corse comptait en 2020 près de 579 exploitations référencées, abritant environ 85 000 brebis laitières. Au-delà de son aspect économique, la tonte des brebis est devenue un symbole de partage et d’entraide, profondément ancrée dans la vie pastorale de l'île.
Des tondeurs venus des Hautes-Alpes
Les éleveurs Dumé Faggiannelli et Stéphane Lugrezi, issus des communes d’Appietto et d’Afa, ont fait appel à une équipe de tondeurs expérimentés provenant des Hautes-Alpes pour cette période cruciale. Chaque année, ces professionnels, qui séjournent entre dix et vingt jours en Corse, arrivent pour tondre les brebis, et un tondeur peut traiter entre 150 et 200 animaux par jour.
L’efficacité à l'ère moderne
La longue époque des ciseaux manuels est révolue. À l’heure actuelle, les tondeuses électriques permettent de réaliser cette tâche de manière beaucoup plus rapide et efficace. Dans les champs de Pichju, chaque brebis peut être tondue en quelques minutes, un besoin de modernisation indispensable pour les exploitations.
Une tradition humaine et conviviale
Bien que les méthodes aient évolué, « A Tundera » reste un moment convivial où se mélangent solidarité et transmission des savoirs. Même si certaines pratiques traditionnelles ont disparu, la tonte demeure une célébration emblématique de la culture pastorale corse, perpétuée dans les bergeries chaque printemps.
La laine, un trésor sous-exploité
Les tondeuses laissent souvent des amas de laine derrière elles, une ressource qui était autrefois précieuse pour les communautés rurales, reconnue pour ses propriétés isolantes et régulatrices de l'humidité. Aujourd'hui, cependant, de nombreuses filières de transformation ont disparu, reléguant la laine au statut de déchet face à la concurrence des fibres synthétiques et des produits importés.
Perspectives d’avenir
Malgré ces défis, plusieurs initiatives visent à revaloriser la laine corsée. Des projets innovants s’attachent à produire des matériaux d'isolation écologiques ou encore à développer des engrais naturels qui pourraient bénéficier à l'agriculture. Néanmoins, le manque d'investissements et l'absence de filières de collecte et de transformation freinent le déploiement de ces projets.
Malheureusement, une grande partie de la laine reste inutilisée et souvent brûlée, illustrant ainsi le paradoxe d'une richesse naturelle qui pourrait être bien plus valorisée.







