Plus de trois ans après la fermeture de RT France, l'ex-dirigeante de la chaîne, Xenia Fedorova, est désormais un visage familier des médias du magnat Vincent Bolloré. Accusée par le Quai d'Orsay de relayer mot pour mot la propagande russe, elle suscite de vives réactions.
"Pas de nom. Pas d'indice sur mon ancienneté. Elle est redoutée," explique un journaliste du JDD. Xenia, 45 ans, a trouvé refuge dans l'empire médiatique de Bolloré, où elle publie régulièrement des chroniques et anime l'émission Lumières orthodoxes, présentant des sites religieux européens. Elle a publié son livre Bannie chez Fayard en mars 2025.
Une influence grandissante et controversée
Fedorova est omniprésente sur CNews, où ses interventions sur l'actualité internationale provoquent souvent la controverse. "Elle défend le discours de Moscou sans contradiction", s'alarme un journaliste allié de la chaîne. Fedorova parle d''opération spéciale' en Ukraine, niant la souveraineté du pays et blâmant l'Occident pour la prolongation du conflit.
Sa proximité avec les décideurs et la peur qu'elle inspire sont palpables, tant et si bien qu'un ancien général, Bruno Clermont, l'a accusée d'être responsable de son éviction d'une chaîne d'info. "J'ai déplu à Xenia," déclare-t-il, ajoutant que sa présence est synonyme d'une intimidation silencieuse, comme le révèle un ancien collègue à Franceinfo.
Un parcours sinueux dans la désinformation
Née à Kazan, Fedorova a navigué entre études de relations internationales et journalisme. Sa carrière a décollé en 2017 avec le lancement de RT en France. Lors d'une conférence commune avec Emmanuel Macron et Vladimir Poutine, elle a été vivement critiquée pour son rôle dans la désinformation, qualifiée d'organe de propagande par le président français.
Le 2 mars 2022, RT et Sputnik ont été interdits dans l'UE. Néanmoins, des diplomates français s'inquiètent de son influence croissante, considérant Fedorova comme un pont vers Moscou. Son discours, qu'un porte-parole du Quai d'Orsay juge très problématique, brouille les messages sur des sujets délicats, comme "l'enlèvement" d'enfants ukrainiens par la Russie.
Des réactions officielles et personnelles
Le gouvernement français n’a pas tardé à faire entendre sa voix. En réponse à ses récentes déclarations, Maud Bregeon, porte-parole du gouvernement, a condamné ses propos, les qualifiant d'énormes inversions de responsabilité. Fedorova, pour sa part, défend son droit à exprimer des analyses qui, selon elle, sont essentielles à un débat sain, malgré leur nature controversée.
"Ce qui est inquiétant, c'est qu'en France, certains responsables politiques semblent préférer faire taire les voix qui ne leur plaisent pas plutôt que de débattre sur le fond," réagit-elle sur X.







