L'ancienne première dame du Rwanda, Agathe Habyarimana, a annoncé le 13 mai son intention de se pourvoir en cassation, suite à l'annulation par la cour d'appel de Paris du non-lieu dont elle avait bénéficié en 2025. Accusée d'avoir joué un rôle dans le génocide de 1994, elle qualifie cette procédure de « déraisonnable », notant qu'elle dure pratiquement depuis deux décennies.
Le 6 mai dernier, la cour d'appel a renversé la décision d'août qui la plaçait hors de cause, suivant les recommandations du Parquet national antiterroriste (Pnat) ainsi que des parties civiles. Ce retournement marque une intensification de l'affaire, relançant les investigations sur son implication potentielle dans les événements tragiques qui ont conduit à la mort de près de 800 000 personnes, selon les estimations de l'ONU.
L'avocat d'Agathe Habyarimana, Philippe Meilhac, a exprimé ses réserves : « au-delà des coûts, ce processus prolongerait une procédure déjà trop longue », soulignant que l'instruction dure depuis près de 20 ans. Il a également précisé que si la situation le nécessitait, Agathe pourrait également saisir la Cour européenne des droits de l'Homme.
Un parcours juridique complexe
Cette femme de 83 ans, veuve du président hutu Juvénal Habyarimana, dont l'assassinat le 6 avril 1994 a précipité le génocide, estime que son statut de témoin assisté depuis 2016 témoigne d'un manque de preuves suffisamment robustes pour une mise en examen. Selon Meilhac, « elle se considère comme une mère au foyer, sans lien avec la sphère politique ».
Les accusations qui entourent son nom ont émergé suite à une plainte déposée par le Collectif des parties civiles pour le Rwanda (CPCR), qui a lancé une information judiciaire contre elle pour complicité de génocide et crimes contre l'humanité. Les quatre groupes de parties civiles soutiennent qu'elle faisait partie de l'« Akazu », un cercle restreint de personnes ayant orchestré le génocide.
Perspectives et enjeux judiciaires
La réaction à ce revirement a été vive. Me Rachel Lindon, avocate représentant Ibuka France, a souligné que ce pourvoi en cassation est « voué à l'échec », affirmant que la chambre de l'instruction a étayé son jugement de manière claire et pertinente. Pour elle, il est évident que la procédure mènera inéluctablement à la mise en examen d'Agathe Habyarimana.
En revanche, l'avocat de l'ex-première dame interprète la poursuite des investigations comme un stratagème dilatoire, visant à apaiser les pressions politiques tant en France qu'au Rwanda. Alain Gauthier, président du CPCR, a fait écho à cette inquiétude, en ajoutant que ce pourvoi ne semble pas présenter de motifs solides pour la cassation.
Enfin, le dossier d'Agathe Habyarimana est loin d'être clos, et les implications historiques et légales continuent d'alimenter les débats. La complexité de cette affaire au travers des années pose des questions fondamentales autour de la justice et de la mémoire du génocide.







