Un an après l'incendie dévastateur à Marseille : la peur et l'inquiétude persistent

Des sinistrés marseillais vivent dans la peur, un an après un incendie tragique.
Un an après l'incendie dévastateur à Marseille : la peur et l'inquiétude persistent
©Clement MAHOUDEAU, AFP - Un bâtiment détruit par les flammes après des incendies dans le quartier de l'Estaque, au nord de Marseille, le 8 juillet 2025

En ce début juillet, les vents chauds du mistral apportent avec eux des souvenirs douloureux pour les habitants du quartier de l'Estaque, au nord de Marseille. Evelyne Mazade, professeure de sport à la retraite, se remémore avec appréhension le 8 juillet 2025, jour où un feu, provenant des collines voisines, a anéanti sa maison.

Seule avec son chien, Evelyne a lutté désespérément contre les flammes jusque tard dans l’après-midi avec seulement deux seaux d’eau. Bien qu'elle ait réussi à préserver les murs de son pavillon, l'angoisse l'accompagne encore aujourd'hui. Elle s’interroge sur l'inefficacité des secours, signalant que les pompiers, appelés en renfort des Alpes-Maritimes, sont arrivés tardivement et désorientés : "J’ai dû leur indiquer où se trouvaient les bornes à incendie", raconte-t-elle.

Sa voisine, Fabienne Kriegel, a également été surprise par la situation. Ce jour-là, un SMS envoyé à tous les Marseillais lui ordonnait de rester confinée, indiquant qu'il n'y avait aucun danger chez elle. "Si on était restés, on serait morts étouffés!", se remémore-t-elle. Elle a fui avec son mari malade dès 16h, et le lendemain, elle a appris la nouvelle tragique : sa maison n'existait plus.

Les conséquences de cet événement tragique sont lourdes. Marie-Blanche Chamoulaud, membre d’une association de victimes, souligne que l'incertitude et le manque d’informations rendent le deuil impossible : "Nous pleurons nos maisons et nos vies d’avant". Pour elle, le retard des interventions a contribué à aggraver une situation déjà désastreuse. Plus d'une centaine de plaintes pour mise en danger de la vie d’autrui ont été déposées par les sinistrés.

L'association cible particulièrement le préfet de l'époque, dont les décisions ont conduit à un changement de commandement des opérations de pompiers qui ont perdu du temps lors de l'incendie. Grégory Allione, ancien directeur des sapeurs-pompiers de Marseille, critique ce changement opéré au milieu de la crise, soulignant qu'il a entraîné des pertes de temps fatales. Du côté de la mairie, Samia Ghali s'insurge : "Le préfet n'aurait pas dû interférer avec les pompiers qui connaissent leur métier et le terrain!".

Aujourd’hui, les victimes se sentent ignorées. Marie-Blanche déplore le silence de la préfecture et, avec son association, réclame la mise en place d’un comité d’aide aux victimes. Le préfet actuel, Jacques Witkowski, oppose que "l’aide aux victimes relève du ministère de la Justice". L’association a même dû faire des démarches administratives pour obtenir des documents concernant la tragique journée du 8 juillet, mais les réponses demeurent évasives.

Alors que le maire du 15-16, Jean-Marc Coppola, s'engage à convoquer un comité de suivi si la situation ne s'améliore pas, les sinistrés continuent d'attendre des réponses de leurs assurances. Beaucoup d'entre eux se heurtent également à des problèmes liés à des constructions illégales qui compliquent les indemnisations.

Alors qu'un nouveau feu a récemment menacé l'Estaque, Marie-Blanche s'inquiète de l'incapacité de la métropole à protéger ses habitants : "C’est inquiétant pour une ville comme la nôtre". Le bataillon de marins-pompiers de Marseille constate une augmentation de la complexité et de la virulence des incendies et appelle à un effort collectif pour améliorer la sécurité.

Evelyne, quant à elle, envisage de vendre son domicile devenu un cauchemar : "Pour la première fois de ma vie, j’ai peur".

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