Le ministre de l’Intérieur Laurent Nunez, en visite dans le département de l’Aude, éprouve une inquiétude palpable pour la saison estivale. Cette inquiétude n'est pas infondée, car dès le début de l'été 2026, plus de 7.000 incendies ont été signalés, détruisant près de 8.700 hectares de végétation, dont plus de 1.200 hectares rien que le 1er juillet.
D'après Éric Rigolot, ingénieur à l’Inrae, le printemps a été marqué par une double canicule, aggravant la sécheresse des sols et menaçant l'écosystème forestier. "Les forêts, en période de chaleur extrême, transpirent plus, ce qui assèche les sols," explique Rigolot, rappelant que les épisodes orageux ne fournissent pas une recharge hydrique efficace.
Extension géographique et saisonnière des risques
La canicule de juin a surtout frappé l'intégralité du pays, avec 72 départements en alerte rouge. Une étude par l’Inrae a déjà mis en lumière une tendance inquiétante : non seulement les zones historiquement exposées aux incendies, comme le Grand Sud, voient leur risque d'incendie augmenter, mais des territoires jadis épargnés, notamment l’Indre-et-Loire, la Sarthe et le Morbihan, sont désormais concernés.
Les périodes de risque ne se limitent pas non plus à l'été. Les experts, dont Christophe Chantepy de l’ONF, observent une avance des cycles de végétation, ce qui influe sur la sensibilité aux feux, qui commence deux à trois semaines plus tôt que par le passé. Nunez a même évoqué une saison des incendies "en avance d’un mois".
Une prévision peu fiable
Les spécialistes soulignent l'imprévisibilité des phénomènes. Des pluies massives pourraient réduire le risque, bien que les vents restent des facteurs cruciaux selon Christian Pinaudeau, expert en incendies. "Le faible vent lors de la première canicule a contribué à réduire les départs de feu", précise-t-il.
En outre, l’impact humain est indéniable. Pinaudeau affirme que l'activité humaine est responsable de 90% des incendies, souvent à travers des gestes anodins comme les barbecues ou les mégots de cigarette. Cependant, des efforts de prévention ont montré des résultats positifs, avec une sensibilisation accrue du public.
Un futur incertain
Pauline Vilain-Carlotti, géographe spécialisée, plaide pour un aménagement territorial rigoureux. "Il est vital de créer des plans de prévention des risques d'incendie plus solides," soutient-elle, dénonçant l’insuffisance des plans en circulation. La conclusion des experts est claire : si l'été 2026 présente des risques, les années à venir semblent promettre encore plus de dangers liés au réchauffement climatique.







