Les forêts françaises, jusqu'à présent, ont su faire face aux vagues de chaleur de mai et juin, selon des chercheurs de l'Inrae. Cependant, si ces événements se reproduisent cet été en combinaison avec une sécheresse, la situation pourrait se dégrader rapidement.
"Nous n'avons ni dessèchement foliaire, ni mortalité de branches, encore moins d'individus observés après ces deux vagues de chaleur", a expliqué Sylvain Delzon, chercheur à l’Institut national de recherche pour l'agriculture, l'alimentation et l'environnement, lors d'une conférence de presse.
Les arbres, capables de moduler leur transpiration face à la chaleur, ont réussi à s’adapter grâce à une quantité d’eau résiduelle dans le sol, qui était encore abondante lors de la première canicule de mai, et présente en moindre mesure en juin.
Prenons l'exemple d'un chêne adulte qui peut aspirer "plusieurs centaines de litres" d'eau pour se réguler par temps de forte chaleur. Toutefois, en pompe davantage d'eau des sols, l'arbre court le risque d'une "rupture hydraulique", où des bulles d'air se forment dans son système vasculaire, entraînant dessèchement voire la mort.
Dans le sud-ouest de la France, les capteurs de l'Inrae indiquent que certaines essences, comme le frêne, se situent déjà aux limites de cette "embolie vasculaire".
Après un épisode de juin qui a épuisé une partie significative de leurs réserves, un mois de juillet aride pourrait entraîner une "sécheresse exceptionnelle", potentiellement fatale.
De telles sécheresses pourraient provoquer des mortalités massives "un, deux ou trois ans" après l'événement climatique, semblable à ce qui a été observé après la sécheresse de 2022.
Les arbres possèdent plusieurs stratégies d'adaptation face à la chaleur intense. Par exemple, ils ajustent la date de pousse de leurs feuilles : le chêne avance sa floraison d'une semaine pour chaque degré supplémentaire, tandis que le hêtre n'avance que de deux jours.
Ces variations de plasticité influencent la compétition au sein des forêts, favorisant les espèces les plus adaptées aux changements climatiques.
L'Inrae fait état d'une "méditerranéisation" des écosystèmes forestiers, avec le chêne vert, espèce méridionale, qui progresse vers le nord à un rythme de 50 mètres par an.
En revanche, les espèces moins résilientes, telles que le chêne pédonculé, subissent des taux de mortalité alarmants dans le sud-ouest, où leur présence continue de diminuer.







