L'essentiel
- Des femmes en PMA réclament l'autorisation du DPI-A pour détecter préalablement des anomalies chromosomiques.
- Cette pratique, interdite en France, est pourtant autorisée dans des pays comme l'Espagne et le Royaume-Uni.
- Les médecins en faveur de cette méthode estiment qu'elle pourrait diminuer les risques de fausses couches.
Après des années de traitements éprouvants, Aurélie, 38 ans, se sent perdue. "On nous transfère des embryons à l’aveugle", se plaint-elle, après avoir vu vingt embryons implantés échouer dans leur mission d'initier une grossesse. Chaque nouvel essai, accompagné d'optimisme de la part des médecins, se termine par une nouvelle déception.
Tout comme de nombreuses femmes cherchant à devenir mères par le biais de la PMA, elle espère que le diagnostic préimplantatoire des aneuploïdies (DPI-A) soit possible avant les transferts. Ce sujet a récemment été soulevé par Marine Tondelier, une élue écologiste qui, à l'occasion de sa propre grossesse après de longs efforts, a plaidé pour la légalisation de cette procédure.
Repérer les anomalies chromosomiques
Le DPI-A a pour mission d'analyser la santé génétique des embryons issus de fécondation in vitro (FIV) avant leur implantation. Selon Charles Coutton, professeur en génétique médicale au CHU Grenoble Alpes, "les anomalies chromosomiques entravent le potentiel d'implantation et les chances de conception".
Actuellement, en France, le DPI-A est prohibé, sauf pour les couples porteurs d'une maladie génétique grave. En dépit des craintes d'une dérive eugénique que pourrait engendrer cette méthode, l'expertise scientifique semble reconnaître son potentiel.
Diminuer le risque de fausses couches
Lucie Chansel-Debordeaux, cheffe du service de biologie de la reproduction au CHU de Bordeaux, souligne que les données disponibles sont variées et parfois contradictoires. Les praticiens évaluent les embryons sur des critères morphologiques, une méthode jugée insuffisante par plusieurs experts.
Totalement désillusionnée, Aurélie n'a jamais pu mener sa grossesse à terme et a subi trois fausses couches, soulignant que près de la moitié des fausses couches au premier trimestre sont dues à des problèmes chromosomiques. Comme le précise le professeur Coutton, l'âge de la femme est un facteur majeur ; dès 35 ans, le risque d'anomalies chromosomiques s'élève à 35 %, culminant à 60 % à 40 ans.
Gagner du temps
Bien que le DPI-A ne garantisse pas l'accroissement des chances de conception, il permet d’optimiser les chances de mener une grossesse à terme plus rapidement. Des études menées sur des femmes âgées de 38 à 41 ans révèlent que cette procédure pourrait réduire le nombre d'implantations nécessaires pour obtenir un bébé.
Éliminer une cause
Les embryons aneuploïdes ne sont qu'un aspect des multiples facteurs contribuant à l'échec des tentatives de grossesse. Aurélie, qui a payé un lourd tribut psychologique à ces échecs, réclame aussi une plus grande prise en compte de la dimension humaine au cours de ce parcours difficile.
De nombreuses patientes se tournent vers l'étranger pour bénéficier du DPI-A, à l'image de Juliette. Après quatre ans en France, elle a décidé de quitter l'Hexagone. "J'étais perdue face à la répétition des échecs", avoue-t-elle. Son voyage en Espagne a porté ses fruits : d'un total d'embryons, trois se sont révélés normaux, et elle attend désormais un heureux événement.
* Étude Rubio et al. (2017) sur des femmes de 38 à 41 ans.







