Dans une lettre ouverte publiée mardi, un millier de médecins et scientifiques français interpellent Emmanuel Macron pour qu'il s'oppose à un texte crucial sur les pesticides qui sera débattu lors du Conseil européen ce vendredi. Ce texte, connu sous le nom de règlement "Omnibus", envisage d'étendre la durée d'approbation des pesticides et des biocides jusqu'à 25 ans, contre 10 ou 15 ans actuellement.
Les signataires de cette lettre souhaitent que le président français bloque cette initiative, en particulier la section relative à "la sécurité alimentaire et l'alimentation animale". Ils appellent Macron à refuser les approbations illimitées de pesticides et à garantir le soutien nécessaire aux agences de régulation tant européennes que françaises. Il est essentiel, argumentent-ils, que la France rejoigne d'autres pays qui demandent une évaluation de propositions alternatives.
Des réévaluations jugées indispensables
Les signataires soulignent que ce projet dévalue les données scientifiques existantes. Ils affirment qu'une réévaluation périodique est essentielle pour prendre en compte les résultats des chercheurs qui évaluent l'impact réel des pesticides sur l'environnement et la santé publique. Par exemple, les néonicotinoïdes, longtemps considérés comme sûrs, ont été démontrés comme étant nocifs pour les pollinisateurs et les humains suite à des recherches récentes.
Pierre Sujobert, hématologue et un des signataires, a exprimé ses préoccupations sur France Inter, affirmant que de telles réévaluations peuvent prévenir des situations dangereuses en détectant des risques auparavant invisibles. Il cite également le cas du bisphénol A : « L'EFSA a longtemps ignoré des données scientifiques sur sa dangerosité avant d'interdire sa commercialisation. »
Le délai de grâce dans le viseur
Le règlement propose aussi d'allonger le délai de grâce, période durant laquelle l'utilisation de pesticides interdits serait tolérée, permettant ainsi aux acteurs agricoles le temps de s'ajuster. Sujobert critique cette proposition : « Cela signifie qu'au lieu d'une période d'un an et demi, nous allons épandre ces pesticides dangereux pendant trois ans supplémentaires. »
Les experts mandatés par les Pays-Bas pour évaluer l'impact de ce règlement constatent qu'il ne permettra pas d'atteindre les objectifs souhaités, notamment en matière de protection de la santé et de l'environnement, mais sans une étude d'impact adéquate, il est difficile de justifier les changements adoptés.
Une alternative chiffrée
Face à ces préoccupations, les signataires proposent une solution alternative. En recrutant 50 experts supplémentaires pour un coût estimé à 15 millions d'euros, l'Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) pourrait résoudre ses retards d'évaluation sans compromettre les garanties sanitaires en vigueur. Les signataires concluent que le projet de loi Omnibus ne parvient pas à concilier la nécessité de réduire les charges réglementaires tout en protégeant la santé humaine et l'environnement.







