Une décennie après l'instauration de la loi du 13 avril 2016, qu'en est-il des conditions de vie des personnes exerçant le travail sexuel en France ? Les travailleuses et travailleurs du sexe jugent-ils les lois en place adaptées à leur réalité ? Quels changements souhaiteraient-ils ?
Les trois années suivant la mise en œuvre de cette loi ont été marquées par plusieurs évaluations largement convergentes. Les résultats montrent que la pénalisation des clients a exacerbé la précarisation des conditions de vie des travailleurs du sexe, notamment par la baisse des revenus et la multiplication des pratiques à risque, tout en poussant l'activité vers des espaces moins visibles. Bien que le délit de racolage ait été abrogé au niveau national, des arrêtés locaux continuent de pénaliser les personnes se prostituant. La loi a instauré un parcours de sortie de la prostitution, mais son application inégale, d'un département à l'autre, soulève des critiques. En fait, cette législation peine à contrer l'exploitation dans le milieu.
Aujourd'hui, aucune évaluation récente ne signale une diminution du nombre de personnes dans le travail sexuel, estimé entre 30 000 et 40 000, un chiffre souvent contesté et peu fiable, selon l'Office central pour la répression de la traite des êtres humains (OCRTEH).
Une recherche co-construite avec des travailleurs du sexe vise à documenter la diversité de leurs situations, allant des origines variées à leurs conditions d'exercice. Elle aborde également leurs revendications. Des ateliers collectifs menés en 2025 dans cinq villes françaises évoquent des préoccupations majeures, notamment la précarité économique et les violences auxquelles ces personnes font face.
Quelles sont les préoccupations des travailleuses sexuelles ?
Durant ces ateliers, 80 participantes, majoritairement des femmes cis et trans, ont exprimé leurs inquiétudes vis-à-vis de leur précarité matérielle, qui demeure un facteur déterminant dans leur choix du travail sexuel. Pour les personnes migrantes, les conditions de séjour instables limitent l'accès à d'autres formes d'emploi. La loi de 2016 permet un parcours de sortie avec un titre de séjour renouvelable, mais celui-ci reste insuffisant pour envisager une formation professionnelle durable.
Beaucoup considèrent le travail sexuel comme le moins exploitatif parmi les options disponibles, offrant flexibilité et meilleures rémunérations par rapport à des emplois précaires. De même, les femmes trans signalent des obstacles à l'emploi dus à la transphobie, les poussant vers la vente de services sexuels.
En outre, les participantes rapportent une exposition significative aux violences, y compris des agressions physiques et sexuelles. Plusieurs témoignages font état de l'angoisse permanente liée aux risques d'attaques ou de meurtres, notamment parmi des femmes d'Afrique subsaharienne victimes de réseaux de traite. Les violences vécues par ces personnes ne se limitent pas à l'agression physique : harcèlement policier, vols ciblés, et humiliations en sont également des aspects prévalents.







