Des peines sévères ont été prononcées à l'encontre d'anciens dirigeants du cimentier Lafarge, reconnus coupables par le tribunal de Paris d'avoir financé le terrorisme entre 2013 et 2014. Ces dirigeants ont été accusés d'avoir versé des fonds à des groupes djihadistes pour maintenir l'activité d'une usine en Syrie, alors que le pays était dévasté par la guerre.
Bruno Lafont, l'ancien PDG, a écopé d'une peine de six ans de prison, avec une incarcération immédiate. Christian Herrault, ex-directeur général adjoint, a également été condamné à cinq ans d'emprisonnement. Au total, six autres anciens responsables ont reçu des peines allant de 18 mois à sept ans.
Le tribunal a imposé à Lafarge une amende record de 1,125 million d'euros et une amende douanière de 4,57 millions d'euros, soulignant la gravité des infractions commises. Ces sanctions mettent en lumière le manque de respect des sanctions financières internationales, un aspect central du procès.
« Ahurissant de cynisme »
Le Pnat a souligné que Bruno Lafont, contrairement à ses déclarations, était pleinement conscient des ramifications de ses décisions. Il a été décrit comme ayant pris des mesures délibérées pour assurer le fonctionnement de l'usine, en dépit de la situation alarmante sur le terrain. Ce cas illustre comment une entreprise du CAC40 a compromis ses valeurs au nom de profits, alors que d'autres multinationales avaient déjà quitté la région.
La société, désormais contrôlée par Holcim, a été reconnue coupable d'avoir effectué des paiements de près de 5,6 millions d'euros à des organisations terroristes, dont Daesh, ce qui a contribué à la préparation d'attentats en France, notamment ceux de janvier 2015.
« Gravité extrême des faits »
Isabelle Prévost-Desprez, présidente du tribunal, a qualifié ces interactions de « véritable partenariat commercial » avec l'État islamique, soulignant que les montants versés étaient sans précédent, ce qui intensifie la gravité de la situation. La défense tentait de présenter les actions de Lafarge comme des réponses à un « racket », mais les messages internes contradictoires ont affaibli cette argumentation.
Les victimes du 13-Novembre parties civiles
Des victimes des attentats du 13-Novembre se sont constituées parties civiles dans cette affaire, estimant que le fonctionnement de Lafarge a contribué aux conditions menant à ces tragédies. Bruno Pescheux, ancien directeur de la filiale syrienne, a exprimé que des décisions avaient été prises avec l'espoir erroné d'une résolution rapide du conflit.
Malgré les millions versés pour maintenir l'usine, Lafarge a dû évacuer précipitamment en septembre 2014 face à la montée de Daesh, qui a pris le contrôle des lieux. Cette affaire souligne de manière troublante les enjeux éthiques et humains derrière les décisions commerciales dans des contextes de guerre.







