Lors du lancement de la Coupe du monde, le maire de Saint-Denis, Bally Bagayoko, a déclaré au journal L’Opinion : « Siffler la Marseillaise est un droit à la réplique populaire face aux actions déshonorantes de la France à l'international. » Sa tentative de justification n’a pas manqué d’entraîner un tollé, lui valant un « carton rouge » dans l’arène publique.
Sa perspective semble transformer les huées à l’hymne national en critiques politiques, une tendance considérée par beaucoup comme une manipulation des symboles nationaux. À l’entendre, les siffleurs représenteraient une double identité, aussi bien « d’ici » que « de là-bas », exprimant leur colère face aux décisions françaises sur la scène mondiale.
Le privilège de l'identité
Il laisse entendre que ces manifestations de mécontentement doivent être comprises comme des réflexions profondes sur la politique exécutée par la France, plutôt que comme le rejet flagrant de ses symboles. Mais cette approche soulève des interrogations : les sifflets sont-ils vraiment accompagnés de justificatifs tels qu’un CV ou un bordereau d’impôts pour justifier cette indignation ? Seule une confusion se dessine ici.
La critique de la France, loin d’être interdite, fait partie de son héritage. Cependant, siffler la Marseillaise ne se réduit pas à un désaccord avec une administration ou une politique particulière. Cet hymne appartient à tous les Français, à ceux qui sont ici depuis des générations comme à ceux qui sont récemment arrivés.
Ce geste controversé ne touche pas uniquement le gouvernement ou un Président en place, mais affecte également le citoyen lambda : l’ouvrier, l’agriculteur, le professeur. C'est ici que le terme « ici et là-bas » nécessite une attention particulière.
Conflit d'identités
Fait troublant, le « là-bas » apparaît souvent comme un prétexte pour exprimer une défiance envers « ici ». L’origine familiale devient alors un facteur déterminant dans la perception des décisions nationales. Cette dichotomie rappelle les débats autour de l'identité en Algérie post-indépendance, où le rejet de l’addition des identités était clairement manifeste.
Les nationalistes algériens craignaient que la nation ne soit fragmentée, sans un socle commun pour bâtir son avenir. Ironiquement, ce que ces mouvements jugeaient impossible pour leur propre souveraineté semble, dans certains discours actuels en France, devenir la norme avec l'accumulation d’identités et de mémoires disparates.
Bally Bagayoko est symptomatique de cette évolution. Il représente les conséquences de décennies durant lesquelles une partie des élites a pu gérer une immigration sans assimilation, tout en célébrant la diversité, parfois au détriment des classes populaires qui, elles, ont fait le pays. Ce décalage contribue à l'émergence d'un « archipel communautaire » en France, où la diversité pourrait bien nuire à l'idée d'un destin commun.
Nous sommes face à une France riche de sa diversité, mais qui risque de voir cette richesse devenir une barrière au partage d'un destin collectif. Au-delà de Bally Bagayoko, c'est ce constat qui mérite d’être examiné : une société qui dispose de toutes les libertés, mais qui peine à accepter ce que ses symboles représentent véritablement.







