Lors d'une audition au Sénat ce lundi, Sébastien Lecornu a exprimé la nécessité d'une réforme visant à élargir le corps électoral pour les élections provinciales en Nouvelle-Calédonie. Selon lui, maintenir le statu quo pourrait engendrer de nouvelles violences dans l'archipel, deux ans après des émeutes tragiques ayant fait plusieurs victimes.
À moins de six semaines du scrutin prévu le 28 juin, la question de savoir s'il est encore possible d'ajuster les règles de vote est cruciale. Le Premier ministre se lance dans un défi audacieux, en appelant à un débat urgent au Parlement.
La réforme, déjà adoptée par le Sénat, sera examinée à l'Assemblée nationale dès mercredi, avec des débats de plus en plus tendus dans un contexte délicat. Lecornu a souligné que "le statu quo institutionnel ne peut être une base solide pour l'avenir", insistant sur le fait qu'il pourrait mener à des tensions.
Ses ambitions sont claires : convaincre à la fois les indépendantistes et les non-indépendantistes grâce à une proposition visant à trouver un équilibre, qui résulte d'un dialogue longtemps négligé. Le gouvernement projette d'élargir le corps électoral à 10.569 "natifs" calédoniens, qui n'ont actuellement pas le droit de vote, basé sur une proposition du sénateur Georges Naturel (groupe LR, non-indépendantiste).
Le texte a reçu un soutien mitigé au Congrès calédonien, où il a été approuvé à une courte majorité. Sébastien Lecornu a qualifié cela de "véritable pas en avant", même s'il reconnaît que le vote à l'Assemblée pourrait s'avérer plus complexe.
Le sujet est sensible, car le corps électoral gelé a été à l'origine des violences survenues il y a deux ans, qui ont causé des pertes humaines et des millions d'euros de dommages. Avec le temps, environ 17% des Calédoniens se retrouvent exclus du processus électoral, une situation que le Premier ministre a dénoncée comme une "distorsion grandissante" des principes d'égalité du suffrage.
Les positions divergent concernant l'éventualité d'un élargissement : les indépendantistes craignent une dilution de leur représentation, tandis que les non-indépendantistes revendiquent une égalité accrue.
En plus des "natifs", le gouvernement espérait également inclure les conjoints d'électeurs, mais cette idée a été rejetée par l'opposition, qui craint qu'elle n'aggrave les tensions juridiques. Georges Naturel a mis en garde, affirmant que cela pourrait mener à l'annulation par le Conseil constitutionnel.
Le FLNKS a exprimé son soutien limité à la réforme, indiquant qu'elle devrait être incluse dans un accord plus large, plutôt que traitée isolément. Le sénateur indépendantiste Robert Xowie a qualifié le projet de "passage en force".
Malgré les critiques, Lecornu maintient qu'il est impératif de relancer un cycle de négociations après les élections. Il prévoit d'entamer ces discussions dès juillet, avec l'espoir d'aboutir à un accord avant la fin de l'année. "Rien ne serait pire que de laisser cette question s'envenimer au coeur d'une campagne nationale", a-t-il conclu, faisant allusion à la présidentielle de 2027.







