Après plus d'un an et demi passé derrière les barreaux en Russie, Laurent Vinatier est enfin rentré dans sa Haute-Savoie natale, au bord du lac Léman. Au micro d'ICI Pays de Savoie, il a raconté l'angoisse et les violences psychologiques qu'il a subies pendant sa captivité, mais aussi la joie intense d'avoir retrouvé la liberté.
Le 6 juin 2024, jour qui a bouleversé sa vie, Laurent Vinatier se rendait dans un bar de Moscou pour une rencontre dans le cadre de ses activités pour une ONG suisse. "Normalement, il reste bien 45 minutes avec moi, mais cette fois-là, il ne reste que 10 minutes. Je voyais dehors quelqu'un qui m'observait. Puis, dans un second café, la terrasse s'est vidée et un grand camion est arrivé," se remémore-t-il. Ce véhicule appartenait au Service fédéral de sécurité russe (FSB). Des agents vêtus de cagoules l'ont alors embarqué, lui reprochant de ne pas s'être enregistré en tant qu'agent étranger, ouvrant ainsi la porte à une longue captivité.
Une première prison à Moscou : "dans une cellule avec 14 autres personnes"
Laurent Vinatier a été placé dans une prison de quarantaine pendant 10 mois, partageant une cellule de 100 mètres carrés avec 14 détenus. "Quand on arrive en prison russe, c'est un choc," confie-t-il. La promiscuité s'est vite révélée oppressante : "On n'a pas la possibilité d'éviter les autres, c'est un enfer d'être avec des gens qu'on n'a pas choisis," se rappelle-t-il.
"Être en prison ce n'est pas normal, ce qui sauve, c'est la stabilité"
Condamné à trois ans, Laurent a été transféré à Toula. "J'étais effondré, j'ai pris conscience de ce qu'était la vraie peur," raconte-t-il. Ce nouvel environnement était plus angoissant, car il se retrouvait seul, sans témoin de sa condition. Il décrit un processus déshumanisant : "On me déshumanise, comme si j'étais du bétail... On est tous avec des blouses grises, alignés et rasés, on ne nous appelle plus par nos noms," ajoute-t-il.
"Ça fait peur d'être oublié dans une prison russe"
À la prison de Lefortovo, où il pouvait enfin échanger des lettres avec sa famille, chaque silence insupportable le plongeait dans l'angoisse. "Quand les lettres se font attendre, c'est l'effondrement et les cauchemars qui reviennent," confie-t-il. Grâce au soutien de son épouse, qui a trouvé des moyens astucieux pour recevoir ses missives, il a pu s'accrocher à l'espoir.
Une grâce inespérée : "Au début je pensais qu'on allait me changer de cellule"
Finalement, le 8 janvier 2026, après tant de souffrances, Laurent Vinatier a été gracié par le président russe. "Quand on vient me chercher dans sa cellule, j'avais du mal à y croire. Puis, il y a eu le soulagement de savoir que j'étais de nouveau un homme libre," dit-il. Bien qu'il souhaite profiter de sa famille et de sa liberté, il éprouve encore des réticences à fréquenter des lieux publics, craignant de revivre les traumatismes de son incarcération.







