La mise en examen d’un père de famille pour violences sexuelles sur trente-quatre enfants a bouleversé le village de Lucenay, dans le Rhône. Les habitants sont sous le choc.
À Lucenay, village paisible situé dans le Beaujolais, « tout le monde se méfie désormais d’autrui » depuis l’arrestation d’un père de famille accusé d’agressions sexuelles sur trente-quatre jeunes garçons, rapportent les résidents. « Cette tragédie a laissé des séquelles profondes », déclare Sébastien, 43 ans, venu chercher ses enfants à l'école. « Il a fallu trouver les bons mots pour expliquer ce qui s'est produit », ajoute-t-il.
Début 2025, un parent d'élève de cet établissement a été mis en examen pour viols sur trois jeunes garçons scolarisés sur place, comme l’avait révélé Le Progrès. Après une année d’enquêtes et des plaintes supplémentaires, l’homme a été de nouveau mis en examen en avril.
« C’est un sujet tabou, les gens évitent d’en parler »
En tout, trente-quatre garçons âgés de 2 à 9 ans sont concernés, a précisé la procureure de Villefranche-sur-Saône, Laetitia Francart. Ce quadragénaire capturait ces atrocités en vidéo : les enquêteurs ont analysé 127 enregistrements et 197 images illustrant des abus sur ces enfants, qu’ils soient endormis ou éveillés. Le suspect, qui a reconnu une majorité des accusations, se trouve toujours en détention.
Entre 2020 et 2024, l'individu impliqué, dans le secteur cinématographique, a côtoyé les enfants lors d’anniversaires ou de soirées pyjama à son domicile. La fille de Sébastien était dans la même classe. « Cela a été un avantage qu’elle ait été une fille, donc absente de ces rassemblements », observe-t-il. Le suspect vivait avec sa compagne et ses deux enfants à Lucenay, et paraissait, selon Christian Gaillard, 73 ans, « tout à fait ordinaire ».
« Une colère froide »
Lucenay, village viticole de 2 000 habitants situé à une trentaine de kilomètres de Lyon, est en proie à une atmosphère de méfiance. « Ici, tout le monde se connaît, et ce sujet reste tabou », confie une jeune femme avant de monter dans le bus. L’affaire a éclaté en hiver 2024, lorsque des enfants ont révélé à leurs parents ce que ce père leur avait infligé, entraînant des plaintes. « C’était insupportable », se remémore Christian Gaillard, devant l’école primaire. « Désormais, dès qu’un enfant se renferme, on s’interroge », ajoute-t-il. Les parents prennent maintenant des précautions extrêmes lors des anniversaires ou des soirées pyjama.
Le village de Lucenay était déjà perturbé avant la publication de l’enquête du Monde qui révélait l’étendue inquiétante de cette affaire. Cette enquête a mis en lumière les actes répréhensibles de cet homme, qui a tenté de mettre fin à ses jours avant d’être arrêté. La communauté éprouve une « colère froide », reconfirme Sébastien.
Des parents « tenus dans l’ignorance »
Me Marine Régnier, avocate de deux familles touchées, a déploré que des parents aient été « tenus dans l’ignorance pendant des mois sur les épreuves de leurs enfants ». « Accepter que là où se trouve un enfant, un pédocriminel peut rôder est dévastateur », souligne également Me Jean Sannier, représentant d'autres parents et de l’association Innocence en danger. Même si l’individu semblait être « charmant et apprécié comme le bon père de famille », il a laissé une empreinte indélébile dans la communauté.
Selon la Commission indépendante sur l’inceste et les violences sexuelles faites aux enfants (Ciivise), environ 160 000 enfants sont touchés chaque année par des abus sexuels en France.







