L'avocate générale Naïma Rudloff a réclamé auprès de la cour d'assortir la condamnation d'une interdiction définitive du territoire français pour Josu Urrutikoetxea, un poids lourd de l'ETA vivant dans le sud-ouest de la France. Ce dernier est présenté comme une personnalité central de l'organisation séparatiste basque, qui a cessé ses activités en 2018.
Au cœur des plaidoiries, le parquet général de la cour d'appel a formulé une demande de cinq ans de prison avec sursis pour des faits remontant à plus de vingt ans. La période judiciaire actuelle, où il comparaît libre sous contrôle judiciaire, pourrait s'avérer déterminante pour Josu Urrutikoetxea, aussi surnommé Ternera par la police espagnole, alors qu'il approche de ses 75 ans.
Urrutikoetxea est notamment ciblé par la justice espagnole pour son implication présumée dans l'attentat meurtrier de Saragosse en 1987, qui a coûté la vie à onze personnes, dont cinq enfants. Bien qu’il nie toute responsabilité, cet acte tragique a laissé une empreinte indélébile et soulève des questions épineuses quant à sa responsabilité dans l'organisation, qui, entre 1968 et 2010, est tenue responsable de plus de 850 meurtres.
Les controverses autour de son statut de négociateur dans des pourparlers de paix avec le gouvernement espagnol, qui ont mené à l'arrêt des violences et à la dissolution finale de l'ETA, alimentent les débats. Urrutikoetxea a été arrêté en France en 2019 après une longue cavale, et, comme l’a rapporté France 24, il fait face aujourd'hui à des accusations plus que jamais présentes, notamment en raison de son ADN retrouvé sur des scènes de crime anciennes.
Lors de l'audience, il a défendu son image de médiateur, tout en affirmant : «Avant même d'être jugé, on me traitait d'assassin au Parlement». Ce discours n'a pas manqué de soulever des objections, avec l'avocate générale qui a rappelé ses «responsabilités militaires» et son passé tumultueux. Elle a affirmé que malgré son rôle dans les négociations, Urrutikoetxea a toujours maintenu un lien avec les actions terroristes de l'ETA.
Comme l'a souligné Libération, l'affaire est emblématique des tensions persistantes entre la justice et les anciens membres d'organisations armées. L’intervention de la justice française pourrait avoir des répercussions sur les relations diplomatiques entre la France et l'Espagne, à l’heure où beaucoup espèrent une conclusion pacifique de l’histoire d'ETA.
La décision de la cour, attendue dans les jours à venir, pourrait enclencher un nouveau chapitre aussi bien pour Josu Urrutikoetxea que pour les victimes encore marquées par les violences du passé. Pour les experts, le chemin vers la réconciliation est semé d'embûches et se doit de prendre en compte les souffrances des victimes.







