Le procureur de la République de Grenoble a décidé de rendre publique l'identité de Jacques Leveugle, né en 1946 à Annecy, dans le cadre d'un appel à témoins visant à retrouver ses victimes. Après plus de cinquante ans d'un parcours criminel s'étendant sur cinq continents, des éléments accablants sont révélés.
L'enquête, lancée le 10 février, porte sur des accusations de viols et d'agressions sur 89 mineurs entre 1967 et 2022. En plus de ces sérieux chef d'accusation, il est également mis en examen pour le meurtre de sa mère et de sa tante, des faits commis il y a plusieurs décennies.
Le procureur Étienne Manteaux a souligné l'importance de rendre ce nom public pour inciter des victimes potentielles à se manifester. Les enquêteurs se basent sur des écrits évocateurs, des « mémoires » consignées dans des clés USB, permettant de retracer les horreurs commises par Leveugle à travers le monde, notamment en Allemagne, en Suisse et en Algérie.
Un oncle révélateur
En fin d'année 2023, c'est le neveu de Jacques Leveugle qui tire la sonnette d'alarme. S'interrogeant sur la vie de son oncle, il découvre, dans sa chambre, des documents volumineux semblant retracer ses mémoires. Après les avoir parcourus, il alerte les gendarmes de Vizille, fournissant ainsi des éléments cruciaux à l'enquête.
Des écrits troublants
Face à l'ampleur des révélations, la gendarmerie a ouvert une enquête détaillée. Selon le procureur, « un travail très long » a été nécessaire pour examiner les 15 tomes des écrits de Leveugle, recensant des faits remontant à 1967. Après son arrestation en février 2024 et quelques jours de garde à vue, le soupçonné a commencé à reconnaître la réalité de ses écrits, tout en précisant qu'il ne réalisait pas la portée de ses actes sur les mineurs.
Un appel à témoins
La section de recherches de Grenoble a élargi l'enquête avec un appel à témoins. Parmi les 89 victimes identifiées, une quarantaine se sont manifestées, mais peu se sont portées partie civile. La complexité des investigations s'accroît car certaines victimes ne sont mentionnées que par des prénoms ou surnoms, rendant leur identification difficile.
Jacques Leveugle a reconnu dans ses mémoires avoir tué sa mère en 1974, alors qu'elle souffrait d'un cancer, ainsi que sa tante en 1992, justifiant ses actes en considérant qu'ils étaient un « acte de pitié ».
Une vie en contact avec les jeunes
Né à Annecy, Jacques Leveugle a toujours eu des ambitions liées à l'enseignement, mais n'a jamais mené ses études à terme. Son parcours professionnel l’a maintenu constamment en contact avec des jeunes, encadrant des camps de jeunesse, ce qui soulève des questions sur les éventuelles complicités dans ses actes criminels, a ajouté le colonel Serge Procédès de la SR de Grenoble.
Un portrait complexe
Se qualifiant de « boy lover », Leveugle se présentait comme quelqu'un attiré par les jeunes garçons, employant des méthodes de manipulation psychologique plutôt que la violence physique. Cependant, cette étiquette ne diminue en rien la gravité de ses actes et de ses écrits, qui témoignent d'une personnalité complexe, bien loin de la norme.
Si vous êtes un enfant ou un adulte témoin d’une situation de maltraitance, le numéro national d’accueil est le 119, disponible 24h/24 et 7j/7.







