Mardi, un mouvement social sans précédent a eu lieu chez Ubisoft, avec plusieurs centaines de salariés parmi les 3.800 employés français du géant du jeu vidéo prenant part à la grève, s'affichant comme l'un des plus importants du groupe en pleine phase de réorganisation.
Les syndicats avancent un chiffre de "tout de même 1.200 grévistes" alors que la direction a rapporté environ "538 grévistes déclarés", représentant moins de 15% des effectifs en France, selon des sources comme l'AFP.
Au cours de l'après-midi, une importante mobilisation a eu lieu devant le siège d'Ubisoft à Saint-Mandé, en Ile-de-France, rassemblant une centaine d'employés soutenus par des drapeaux et pancartes appelant la direction à revenir sur sa décision de revenir à une semaine de cinq jours de présence obligatoire.
"Le télétravail est devenu une nécessité dans notre quotidien. Revenir en arrière a vraiment été la goutte d'eau," a exprimé Léa, une artiste travaillant chez Ubisoft Paris, qui a requis l'anonymat.
À Bordeaux, où environ trente employés ont manifesté devant les locaux, Laura Turban, du Syndicat des travailleurs du jeu vidéo (STJV), a dénoncé cette mesure comme étant "une manière de pousser les employés vers la sortie".
Ce changement concernant le travail à distance, annoncé en janvier, est une partie intégrante d'une réorganisation plus large, destinée à centraliser les studios selon leurs expertises et créer des unités plus autonomes.
Confronté à des difficultés financières, l'éditeur de franchises majeures comme "Assassin's Creed" et "Far Cry" cherche à naviguer dans un marché de plus en plus compétitif. Ce bouleversement interne s'accompagne d'une réduction budgétaire de 200 millions d'euros prévue sur deux ans et de l'annulation de plusieurs projets de jeux.
"Il y a un consensus sur le besoin de changement, mais on a l'impression qu'on fonce droit dans le mur," déclare Léa. "Cela fait cinq ans que la situation se dégrade, et aujourd'hui, on nous demande de sacrifier nos créations." La conceptrice Lola confirme, disant que les employés sont acculés à faire des sacrifices inacceptables.
Des personnalités politiques telles que les députés LFI Ugo Bernalicis et Antoine Léaument ainsi que la secrétaire générale de la CGT, Sophie Binet, ont affiché leur solidarité en se joignant aux grévistes à Saint-Mandé. "C'est un événement marquant dans l'histoire de Ubisoft, et la direction doit écouter ses employés," a commenté Mme Binet.
Des rassemblements similaires ont eu lieu dans d'autres villes comme Bordeaux, Montpellier et Lyon, avec plusieurs centaines de participants. Un piquet de grève a également été établi devant le studio de Milan.
Les syndicats ont appelé à poursuivre le mouvement de grève jusqu'à jeudi. En parallèle, la direction d'Ubisoft a aussi annoncé un projet de départs volontaires ciblant 200 postes au siège de l'entreprise.
"C'est peut-être le début d'une longue série," met en garde Clothilde Mayer, déléguée syndicale du Printemps écologique, soulignant le climat d'incertitude qui règne au sein de l'entreprise.
Soumise à plusieurs plans d'économies au cours de l'année, Ubisoft a déjà fermé plusieurs studios à l'étranger, y compris ceux de San Francisco et d'Osaka, et a restructuré certaines équipes en Suède et en Finlande. Avec environ 17.000 employés à l’échelle mondiale, le numéro un français du secteur a perdu plus de 3.000 employés ces dernières années.
La direction assure que le nouveau modèle opérationnel de l'entreprise est nécessaire pour rester compétitif, déclarant à l'AFP : "Nous sommes conscients que ces évolutions engendrent des réactions fortes, mais elles sont essentielles pour l'avenir." En 2024, des grèves avaient déjà été observées face à une première restriction du télétravail.
Ubisoft joue un rôle central dans l'industrie du jeu vidéo française, représentant une part considérable des emplois dans le secteur, estimée entre un quart et un tiers des effectifs salariés.







