La cour d'appel de Paris a prononcé, ce vendredi, une condamnation sévère à l'encontre de Christophe Ruggia, en le condamnant à cinq années de prison, dont deux fermes sous surveillance électronique. Cette décision fait suite à des agressions sexuelles commises sur l'actrice Adèle Haenel alors qu'elle n'était qu'une préadolescente, entre ses 12 et 14 ans.
Lors des audiences, il a été question d'une jeune fille « prise au piège » par un adulte trois fois plus âgé qu'elle. Ruggia, aujourd'hui âgé de 61 ans, a été reconnu coupable de ces actes qui se sont déroulés entre 2001 et 2004, lors de rencontres hebdomadaires à son domicile, durant le tournage du film Les diables, où il avait offert à la jeune Adèle son tout premier rôle au cinéma.
Cette affaire a été révélée au grand public grâce à une enquête de Mediapart en 2019. La peine prononcée lors de cet appel est plus lourde que celle de la première instance, où Ruggia avait écopé de quatre ans de prison, dont deux sous surveillance électronique.
Une emprise psychologique dénoncée
Adèle Haenel, dans ses témoignages, a décrit de manière répétée des caresses non consensuelles de la part de Ruggia, des gestes que la cour d'appel a estimés clairement établis. La cour a noté les effets dévastateurs sur la santé mentale de l'actrice, aujourd'hui âgée de 37 ans. "Il n'y a aucun doute sur le fait qu'elle a été placée dans une situation de sidération, incapable de s'échapper de cette emprise psychologique sauf sous la pression d'un proche à l'époque", a déclaré le président du tribunal.
La gravité des actes a été soulignée par les magistrats, pointant les conséquences profondes sur la jeune fille, dont l'innocence a été brutalement arrachée par une relation malveillante et exploitative. Outre les deux années sous bracelet électronique, Ruggia purgiera également trois années de prison avec sursis.
Lors des audiences, Adèle Haenel a partagé son vécu douloureux et les stigmates laissés par ces violences. "C'est un parcours judiciaire éprouvant. Je pense à tous les enfants victimes de telles violences, pour leur dire qu'ils ne sont pas seuls", a-t-elle déclaré avec émotion.
Un héritage de souffrance
Elle a également exprimé sa volonté de consacrer sa vie à la justice et à la défense des droits humains. Bien que la défense de Christophe Ruggia ait choisi de ne pas s'exprimer, celui-ci a continué de maintenir son innocence, s'accusant d'être victime d'un mensonge. "Si j'avais fait ce qu'elle m'accuse, je n'aurais jamais pu me regarder dans la glace", a-t-il répété.
Pour Adèle Haenel, l'impact émotionnel persiste. "Depuis l'âge de 12 ans, mon image de moi-même est réduite à néant. C'est une lutte quotidienne", a-t-elle confié face aux juges, mettant en lumière les conséquences à long terme des traumatismes d'enfance. Après un rôle marquant dans Portrait de la jeune fille en feu, elle s'est éloignée du cinéma pour se consacrer au théâtre et au militantisme.







