Face à l'intensification des vagues de chaleur, le bien-être des volailles est plus que jamais en question. À Nouzilly (Indre-et-Loire), des scientifiques suivent une approche surprenante, intervenant dès l'incubation pour renforcer la résistance des futurs animaux.
Chaque année, les vagues de chaleur se font de plus en plus fréquentes et sévères, exacerbant les effets du changement climatique. Ces conditions climatiques extrêmes mettent en péril non seulement la santé des êtres vivants, mais aussi celle des animaux d'élevage.
À l'établissement national de recherche pour l'agriculture, l'alimentation et l'environnement (Inrae) à Nouzilly, une équipe de chercheurs concentre ses efforts sur les poulets de chair, qui peinent à faire face aux températures élevées. "Ces volailles sont particulièrement sensibles et leur bien-être se dégrade rapidement", déclare Sonia Métayer-Coustard, chercheuse dans l'unité mixte de recherche en biologie avicole. "Un poulet ne possède aucune glande sudoripare et doit réguler sa température corporelle par la respiration", précise-t-elle.
En périodes de chaleur intense, ces animaux deviennent moins actifs, réduisent leur consommation de nourriture, et augmentent leur apport en eau. Ce stress thermique affaiblit leurs défenses immunitaires et impacte non seulement la qualité de la viande, mais aussi les rendements en élevage. Les pertes peuvent être catastrophiques : lors de la canicule de 2003, entre quatre et cinq millions de volailles ont trouvé la mort, entraînant des pertes économiques de l’ordre de 44,5 millions d’euros, selon la filière avicole.
Améliorer le bien-être des animaux
Avec le projet de recherche "Soleil", lancé en 2025 pour une durée de trois ans, l'objectif est clair : "Augmenter les capacités d'adaptation des animaux face à la chaleur tout en préservant leur santé, leurs performances et en limitant les pertes économiques”, souligne Métayer-Coustard.
L'équipe utilise une méthode contemporaine appelée programmation thermique embryonnaire. "En ajustant la température d'incubation à des moments critiques du développement embryonnaire, nous pouvons influencer l'expression des gènes associés à la gestion de la chaleur", explique-t-elle. De précédentes recherches, notamment celles menées par Anne Collin à l’Inrae, ainsi que des études en Israël et au Togo, ont déjà démontré que cette technique pourrait réduire la mortalité des mâles de 50 % à 35 °C.
Tester ces méthodes sur le terrain
Ce projet, mené en partenariat avec l'Itavi, se concentre sur l'oscillation de la température d'incubation entre 37,8 °C et 38,3 °C, douze heures par jour, entre le dixième et le dix-huitième jour d'incubation. "C'est en effet un moment clé du développement embryonnaire, où sont mises en place les bases de la thermorégulation", précise la chercheuse.
Durant leur croissance, chaque volaille participant au projet est minutieusement suivie, de l'éclosion à l'abattage, en passant par des simulations de vagues de chaleur. Le projet Soleil envisage également d'impliquer la filière avicole afin de trouver des solutions applicables dans les exploitations. "Nous souhaitons tester ces méthodes en collaboration avec des partenaires de terrain, qui pourront nous fournir des retours concernant leur impact sur l'adaptabilité et la robustesse des volailles", conclut Sonia Métayer-Coustard.







