Ce rapport constitue un sérieux désaveu pour la SNCF, qui, avec le soutien du ministère des Transports, plaide depuis des mois que l’arrivée de nouveaux concurrents menace son modèle économique basé sur la péréquation, essentiel pour l'aménagement du territoire. La SNCF soulève des inquiétudes, affirmant que la concurrence sur les lignes à grande vitesse fragilise ses opérations, notamment en ce qui concerne la rentabilité.
Actuellement, une majorité des lignes à grande vitesse gérées par la SNCF ne sont pas rentables. Les liaisons déficitaires lui coûtent environ 200 millions d'euros par an, compensés par les bénéfices de lignes lucratives telles que Paris-Lyon. C'est ce système de péréquation qui lui permet de maintenir des services à des zones moins rentables.
Néanmoins, la SNCF s’inquiète des nouveaux acteurs comme Trenitalia qui se concentrent uniquement sur les liaisons rentables, laissant de côté les arrêts intermédiaires, rendant ainsi son modèle économique encore plus précaire.
La SNCF a réduit sa desserte des villes moyennes avant l'arrivée de la concurrence
Cependant, une récente analyse de l'ART va à l'encontre de la vision défendue par la SNCF. Selon l'étude, la concurrence n'a pas causé les déséquilibres du système ferroviaire français, mais les met en lumière. "La concurrence n'est pas la cause des déséquilibres, mais un révélateur", déclare l'ART. En effet, la SNCF a déjà diminué son empreinte sur les dessertes considérées comme non rentables avant même l'apparition de nouveaux concurrents.
Entre 2017 et 2024, les dessertes des villes de taille moyenne ont reculé de 8 %, avec une chute de 12 % pour les agglomérations de moins de 700 000 habitants. Des résultats qui invitent à la réflexion sur les véritables causes des difficultés traversées par le rail français.
L'ART affirme également que les nouveaux entrants contribuent à l'aménagement du territoire, diversifiant progressivement leurs offres et aidant à financer les liaisons moins rentables. Les études montrent que, sur les lignes majeures comme Paris-Lyon, ces nouveaux acteurs couvrent plus du double de leurs coûts d'infrastructure.
Pour renforcer ce système, le régulateur propose une baisse ciblée des péages, permettant de revitaliser les lignes les plus fragiles et de stimuler la concurrence.
Des conclusions contestées par Jean Castex
Le président de la SNCF, Jean Castex, conteste les recommandations de l'ART, suggérant que des mesures comme l'augmentation des péages sur les lignes les plus rentables pourraient être nécessaires pour préserver les dessertes. Mais l'ART met en garde contre des conséquences juridiques négatives pouvant découler de telles décisions, suggérant qu'elles pourraient, au contraire, nuire aux voyageurs.
De son côté, l'association Afra, représentant plusieurs concurrents de la SNCF, se réjouit des conclusions de l'ART, soulignant que l'ouverture à la concurrence améliore la performance du système ferroviaire. Avec une telle dynamique, les péages pourraient générer entre 200 et 300 millions d'euros de revenus supplémentaires pour SNCF Réseau auehorizon 2029.
Enfin, rappelons que le chantier de la loi-cadre Transports, en discussion à l'Assemblée nationale, prévoit d'orienter une partie des recettes des autoroutes, estimées à 2,5 milliards d'euros par an, pour soutenir le rail. Cependant, ces mesures ne devraient pas être appliquées avant 2032. Face à ce tableau complexe, la SNCF se trouve à un carrefour déterminant pour son avenir.







