Au fil des ans, Éric Trappier, à la tête de Dassault, a joué un rôle important dans les péripéties du projet Scaf, un programme européen d'avion de combat à la croisée des chemins. Aujourd'hui, certains experts le désignent comme ayant contribué à son échec. En raison de tensions entre Dassault et Airbus, ce projet phare, lancé en 2017, n'a pas réussi à se concrétiser. Trappier, souvent considéré comme "plus influent qu'un ministre", a su exploiter les dynamiques politiques pour imposer sa vision.
Le caractère indéfectible de Trappier se manifeste dans sa conviction que la France peut mener le projet Scaf sans soutien extérieur. Dans une déclaration à l'AFP en septembre 2025, il affirmait : "Ici, on sait faire. S'ils veulent faire tout seuls, qu'ils fassent tout seuls". Cette posture, cependant, a soulevé des préoccupations parmi les partenaires européens quant à l’avenir de la coopération militaire dans un contexte déjà tendu.
Éric Trappier a-t-il mis à mort le Scaf ?
Vincent de la Vaissière, un spécialiste du secteur, commente : "C'est peut-être un peu exagéré, mais c'est lui qui a eu le dernier mot dans un contexte politique complexe, surtout avec un Emmanuel Macron dont l'autorité s'est affaiblie". Pour Dassault, maintenir le leadership sur le chasseur était vital, non seulement pour des raisons commerciales mais aussi pour préserver sa souveraineté nationale dans un secteur stratégique.
Les tensions qui ont miné le projet Scaf sont exacerbées par le ressentiment croissant envers l'Allemagne, dont les ambitions sont perçues comme une menace par certains acteurs français. Trappier a souvent critiqué les choix allemands, en particulier leur préférence pour des avions américains, comme les F-35, qu'il estime défavorables pour l'industrie européenne.
Un franc-parler provocateur
Trappier, connu pour son franc-parler, n'hésite pas à lancer des piques à ses concurrents, tandis que d'autres acteurs du secteur voient ses comportements comme une stratégie d'autodéfense. "Il a un style direct, souvent comparé à celui d'un "tonton flingueur", dit Vincent de la Vaissière.
Derrière cette personnalité forte se cache un parcours impressionnant : né à Paris en 1960, Trappier a consacré sa carrière chez Dassault, un groupe à forte tradition fondé en 1929. En devenant président de la holding familiale, il a manifesté une loyauté sans faille qui imprègne l'ensemble de l'organisation.
Défis et succès des Rafale
Sous sa direction, le Rafale a enfin réussi à conquérir des marchés internationaux, signant des contrats avec plusieurs pays, démontrant qu'un produit considéré comme "invendable" pouvait finalement faire ses preuves sur le plan mondial. Cela a permis à Dassault de se positionner comme un acteur incontournable dans l'aviation militaire.
Récemment, l'Ukraine a même exprimé son intérêt pour acquérir jusqu'à 100 Rafale, révélant le potentiel encore inexploité de l'avion français. Cependant, les défis persistent, et le devenir du Scaf reste incertain au milieu des tensions et des ambitions contradictoires. À quel prix la France continuera-t-elle à défendre sa souveraineté dans le domaine aéronautique ?







