À l'approche d'une réforme cruciale du marché du carbone prévue pour juillet, les États membres de l'UE, les acteurs industriels et les défenseurs de l'environnement se livrent à une véritable bataille sur l'avenir de ce système de tarification des émissions de CO2.
Les commissaires européens se réuniront ce mercredi pour discuter de cette question délicate, avant que Bruxelles ne présente sa proposition le 15 juillet. Phuc-Vinh Nguyen, spécialiste de l'énergie à l'Institut Jacques-Delors, souligne que la Commission européenne "marche sur des œufs" étant donné la pression des industriels et de certains pays. La crise énergétique actuelle liée à la guerre au Moyen-Orient a également renforcé les arguments de l'industrie.
Fonctionnement du marché du carbone européen
Depuis 2005, l'Union européenne a instauré un système de quotas d'émissions appelé ETS (Emission Trading System), devenu un pionnier dans la lutte contre le changement climatique. Les producteurs d'électricité et les secteurs les plus polluants, tels que la sidérurgie ou la chimie, doivent acheter des "permis de polluer" pour couvrir leurs émissions de CO2, en vertu du principe du pollueur-payeur.
Actuellement, le prix de la tonne de CO2 tourne autour de 75 euros, et le total des quotas disponibles diminua progressivement pour inciter à une réduction des émissions. Néanmoins, des quotas gratuits sont alloués pour aider à la transformation des industries, mais ceux-ci doivent diminuer et disparaître d'ici 2034, ce qui suscite de vifs débats.
Pourquoi une réforme ?
La révision du mécanisme européen était déjà prévue, mais elle est devenue un enjeu politique majeur. Pris en étau entre les États-Unis et la Chine, l'UE a opéré un virage pro-business depuis la prise de fonctions d'Ursula von der Leyen, assouplissant régulièrement ses normes environnementales. Plusieurs secteurs industriels, notamment la chimie allemande, contestent le marché du carbone, le soupçonnant d'accroître le coût de l'électricité en Europe, le considérant comme un symbole de la bureaucratie.
Certains pays, à l'image de l'Italie dirigée par Giorgia Meloni, ont même plaidé pour une suspension temporaire du mécanisme, en attendant une réelle réforme structurelle. Des pays très dépendants du carbone, comme la Pologne et la République tchèque, s'opposent aussi à cette initiative, surtout depuis la crise énergétique exacerbée par le conflit au Moyen-Orient. Un officiel polonais a affirmé que le marché du carbone "n'est pas une religion", tout en appelant à prolonger les quotas gratuits ou à encadrer les prix.
Malgré ces critiques, des nations comme la France et l'Allemagne commencent à demander des ajustements au système, alors que d'autres pays scandinaves plaident pour la défense de ce mécanisme.
Qu'attend-on mi-juillet ?
Bruxelles est donc attendue mi-juillet pour proposer des flexibilités aux industriels, sous certaines conditions. La réduction des quotas gratuits pourrait être ralentie, voire prolongée au-delà de 2034 si des engagements de décarbonation sont pris. L'UE doit également se prononcer sur l'intégration de nouveaux secteurs, tels que les déchets et l'aviation, à ce marché. Cependant, les compagnies aériennes s'opposent fermement à cette idée, et des pays comme la France restent prudents.
Enfin, Bruxelles souhaite que les revenus générés par le marché du carbone soient orientés vers la décarbonation des industries. Mais la disparité actuelle entre pays, comme le Portugal vertueux et d'autres en grande difficulté, complique la donne. La question de l'acquisition de crédits internationaux pour soutenir des projets de décarbonation à l'étranger est également sur la table, tout comme l'annonce d'un fonds d'environ 30 milliards d'euros pour accélérer les investissements dans la décarbonation industrielle.
En somme, les événements à venir promettent de redéfinir à la fois le paysage économique et environnemental de l'Europe, dans un contexte de tensions et de divergences d'intérêts qui semblent s'accentuer.







