Dès que l'on pénètre dans les serres de la vallée du Rhône, une odeur sucrée et délicate envahit nos sens. Aujourd'hui, la saison de la fraise bat son plein à travers toute la France, et le petit fruit asiatique, notamment, n'a pas cédé face à la forte concurrence. Chez Franck Figuet, une exploitation dynamique, une équipe de cueilleurs s'active chaque jour pour récolter les fraises parfaitement mûries, condition essentielle pour séduire les consommateurs exigeants.
Des variétés telles que dream, magnum, et cara s'étendent sur plus de 100 km de linéaires, en utilisant des sacs de substrat placés à un mètre vingt au-dessus du sol. Ce système allège le travail des agriculteurs et facilite la recherche de main-d'œuvre, comme l'explique Figuet, en région maraîchère du nord-Isère.
Avec une production annuelle de 50 à 60.000 tonnes, majoritairement destinée au marché hexagonal, la France a non seulement comblé plus de la moitié de sa consommation, mais a également réduit ses importations de fraises de 44% en deux décennies, selon les données fournies par FranceAgriMer. Ce retournement intervient alors que près de 60% des fruits consommés en France restent importés.
De 30.000 à 80.000 plants : une agriculture innovante
La filière française, sur le point de subir un coup fatal avec l'intégration de l'Espagne dans le marché commun, a été contrainte de se restructurer. L'une des innovations phares fut le développement de la culture hors-sol, qui représente désormais une part considérable de la production. "La culture hors-sol a véritablement sauvé notre secteur", confirme Franck Figuet, qui est aussi vice-président de l'Association des organisations de producteurs de fraises et framboises. "Contrairement à la culture en pleine terre où l'on utilise environ 30 à 35.000 plants par hectare, ici, nous plaçons 80 à 100.000 plants, ce qui permet une récolte beaucoup plus efficace."
Félix Pizon, membre de l'Association des fruits et légumes du Lot-et-Garonne, confirme également que ce mode de culture contribue à améliorer non seulement le confort de travail, mais aussi la gestion des cultures. "Dans un contexte où le secteur peine à recruter de la main-d'œuvre, offrir des conditions de travail moins éprouvantes est essentiel. Les récolteurs, en étant plus à l’aise, prennent également plus soin des produits. Une fraise ramassée à terre est souvent moins bien conservée, car plus fragile."
"La fraise est un produit délicat, sa récolte nécessite un soin particulier. Lorsqu'elle est cueillie à maturité, elle est bien plus sucrée", souligne Figuet.
Néanmoins, la culture hors-sol ne permet pas d'obtenir un label bio, qui reste réservé aux cultures en pleine terre. Les agriculteurs utilisant cette méthode souhaitent cependant prouver leur engagement en faveur de l'environnement. Franck Figuet, par exemple, maintient l'herbe au sol pour conserver l'humidité et privilégie des interventions biologiques pour le traitement des ravageurs. L’utilisation de fibre de coco en remplacement de la terre, associée à un arrosage ciblé par goutte-à-goutte, limite l'impact environnemental.
Priorité à la qualité : la quête de saveurs
L'ensemble des producteurs s'accorde sur l'importance de privilégier des variétés à forte valeur gustative, comme la gariguette, mise à l'honneur depuis 1976. "Pour nous, Français, se distinguer par la qualité est fondamental. Produire des fraises insipides serait vain", déclare Figuet, fervent défenseur des circuits courts permettant des récoltes à maturité.
"Sur la fraise, la migration du sucre s'effectue à la fin du cycle. Récolter à maturité permet d'obtenir une douceur exceptionnelle, contrairement aux fraises cueillies trop tôt pour des raisons logistiques," précise un expert du secteur.
Dans un magasin Grand Frais à proximité, les consommateurs ne s'y trompent pas. Même si les fraises françaises sont souvent reconnues comme meilleures, le prix reste un frein pour certains, comme le souligne Kader Habri, un client de 62 ans. "C'est paradoxal, elles viennent de si près, mais restent plus chères."
Franck Figuet constate ainsi la hausse des coûts des plants, des substrats importés, et des frais de transport. Même si la fraise demeure rentable, les charges augmentent. La question de la souveraineté alimentaire française reste aiguë. Peut-on espérer une production supérieure ? Pour Figuet, la filière est déjà pleinement exploitée. De plus, il pointe un défi supplémentaire : "Les jeunes sont moins attirés par ce métier exigeant, où la présence humaine est requise tous les jours. Cependant, il existe un espoir avec l'émergence de nouvelles variétés plus productives, mais toujours axées sur la qualité gustative."







