"Le carburant est essentiel pour nos opérations", déclare Matthieu Laclau, directeur de CarrionTP, une entreprise de travaux publics basée près de Lyon. La récente augmentation des prix du gazole force les entreprises à s'adapter rapidement.
Les engins de chantier comme les camions et les pelleteuses consomment en effet des quantités substantielles : environ 70 litres par heure pour les camions et 100 litres pour les pelleteuses. CarrionTP, avec ses 100 salariés, consomme environ 7 000 litres de carburant par mois, et les hausses de prix observées depuis le début de la guerre en Ukraine, représentant entre 30 et 50 %, affectent directement leur rentabilité.
Pour anticiper cette crise, CarrionTP encourage ses salariés à pratiquer le covoiturage et met en œuvre des stratégies d'économie d'énergie, comme éteindre les machines qui ne sont pas utilisées. Des formations à l'écoconduite sont également proposées. Cependant, M. Laclau admet qu'à long terme, une augmentation des prix s'avère inévitable, une perspective qu'il redoute.
Bien que l'entreprise n'ait pas accès aux aides gouvernementales, ces dernières sont réservées aux entreprises plus petites, et M. Laclau ne les considère pas comme une solution viable. "Plus il y a d'aides, moins il y a d'argent public", explique-t-il, notant que 60 % de leur activité provient de contrats municipaux.
Olivier Brunet, secrétaire général de la Fédération des entreprises du Bâtiment et des Travaux publics du Rhône, reconnaît que l'aide annoncée pour les petites entreprises est un pas dans la bonne direction. Cependant, il souligne que l'augmentation des coûts des matériaux, en forte hausse entre 5 et 35 % pour certains produits comme le bitume, pourrait également freiner de nombreux projets.
De son côté, le gouvernement prévoit la mise en place d'un observatoire des prix, ce que la déléguée générale de la fédération, Anne-Laure Le Gavrian, espère voir suivi d'effets concrets. La possibilité d'ajuster les contrats en fonction des hausses de coût est également un point encourageant.
De plus, le ministre de l'Économie, Roland Lescure, a récemment évoqué l'élargissement du "prêt flash carburant" pour le secteur du BTP. Les prêts de 5 000 à 50 000 euros, à un taux d'intérêt de 3,8 %, seront désormais accessibles à plus d'entreprises.
Matthieu Laclau conclut que la pérennité du secteur passe par une plus grande souveraineté énergétique. En tant que premier employeur en France, le BTP a besoin de protections adaptées pour continuer à soutenir l'emploi dans le pays.







