Afin de préserver l'intégrité du débat démocratique, Sébastien Lecornu a présenté aujourd'hui aux partis politiques et aux médias des mesures concrètes visant à lutter contre les ingérences étrangères qui peuvent se multiplier à l’approche des élections présidentielles de 2027. "Aucun pays d’Europe n’est à l’abri des intrusions dans son espace électoral depuis 2024," a affirmé Nathalie Loiseau, eurodéputée et experte sur ce sujet au Parlement européen.
Cette initiative s’inscrit dans la volonté du gouvernement d’assurer une plus grande transparence concernant les ingérences passées, notamment celles liées à des entreprises israéliennes ayant ciblé des candidats de La France insoumise lors des élections municipales. Le Premier ministre a également insisté sur la nécessité d’identifier les nouveaux risques que pourrait poser le scrutin de 2027, en lien avec un projet de loi déjà évoqué par Emmanuel Macron en avril dernier. Ces mesures sont actuellement à l'étude par le Conseil d'État, selon des sources gouvernementales.
LFI propose une instance de contrôle
La France insoumise, par l’intermédiaire d’un courrier adressé à Sébastien Lecornu, a proposé l’instauration d'un organe de surveillance spécifique pour les élections présidentielles de 2027. Cette instance serait composée de représentants de tous les candidats et se chargerait de les alerter sur les campagnes d’ingérence électorale identifiées par les services de l’État.
"Il est crucial de sanctionner les ingérences électorales basées sur des communications automatisées telles que les bots ou l’IA," plaide LFI.
De plus, la formation politique demande à proscrire toute forme de ciblage et de micro-ciblage politique durant la période électorale, afin d’exclure l’utilisation de données personnelles pour influencer les électeurs.
Le rôle des services de surveillance
Les Insoumis préconisent aussi la création d'une "Haute Autorité électorale" afin d'améliorer la coordination entre les différentes administrations compétentes en matière électorale. Ils ont émis des doutes sur l’engagement du gouvernement à combattre les ingérences lorsque celles-ci ciblent des opposants politiques. Selon les membres de LFI, un véritable combat contre ce type d’actions nécessite une impartialité totale, loin des intérêts partisans.
Le président Macron, lui-même victime d’une cyberattaque durant sa campagne en 2017, a donné dans le passé des exemples d’ingérence de la part de la Russie, notamment en soulignant son utilisation massive de faux comptes exploités lors des périodes électorales. Deux rapports critiques sur ces ingérences ont été commandés, dont un par le service Viginum.
Les inquiétudes se nourrissent également du rôle croissant des médias dirigés par des figures controversées telles que Xenia Fedorova, ancienne responsable de la chaîne d’État russe RT. Des eurodéputés ont réclamé des sanctions, alors que des interrogations émergent concernant son titre de séjour prévu pour 2024.
Les réclamations des formations politiques
La France insoumise a exprimé récemment ses préoccupations face aux dangers des ingérences, pointant des accusations de fausses allégations visant ses membres. Le parquet de Paris a d’ailleurs ouvert une enquête sur ce sujet. Des accusations d’ingérence visent également l’ambassadeur d’Israël, Joshua Zarka, pour ses déclarations sur les candidats à la présidentielle.
Les limites entre expression d'opinion et ingérence sont floues, selon Jean-Noël Barrot, ministre des Affaires étrangères, qui précise qu’ingérer revient à manipuler l'opinion publique. Pour Nathalie Loiseau, chacun doit pouvoir exercer son esprit critique face à l’information.
"Les ingérences électorales représentent une véritable guerre du pauvre des pays cherchant à influencer nos choix," avertit Loiseau.
Les démarches entamées par le gouvernement et les partis politiques lors de cette réunion de Matignon visent à assurer un climat électoral apaisé et transparent, à quelques mois d'une échéance cruciale pour la République.







