Peut-on réparer une erreur judiciaire près de 80 ans plus tard ? C'est la question cruciale que la justice française doit examiner le 11 juin, dans le cadre de l'affaire Mis et Thiennot. Deux chasseurs, condamnés en 1946 pour le meurtre d’un garde-chasse, continuent de revendiquer leur innocence.
Dix jours après la disparition tragique de Louis Boistard, dont le corps a été découvert dans un étang de l’Indre, une enquête menée par un ancien policier pétainiste désigne un groupe de chasseurs comme coupables. Les interrogatoires, décrits par une habitante comme atroces, ont laissé des cicatrices durables dans la communauté. "On fermait les volets pour ne rien entendre", se souvient-elle.
Un procès marqué par la douleur
Gabriel Thiennot, fils de l'un des condamnés, a récemment exprimé son espoir d'annuler le procès de son père. "C'est une attente phénoménale, nous espérons un verdict positif cette fois-ci", a-t-il déclaré à la presse. Selon les déclarations passées de son père, les conditions de détention étaient si inhumaines qu'il a été contraint de signer des aveux sous la violence.
Malgré leur grâce par le président René Coty après sept ans d'incarcération, Raymond Mis et Gabriel Thiennot sont restés des condamnés aux yeux de la loi. Leur combat pour l'innocence se poursuit aujourd'hui grâce à une nouvelle possibilité d'examen des affaires judiciaires basées sur des aveux obtenus sous contrainte, une mesure accueilli avec prudence par les experts. Comme l’a souligné le professeur en droit pénal de l’université de Paris, "Les révisions de procès sont rares, mais elles représentent un espoir pour ceux qui ont souffert d'erreurs judiciaires".
Le fils de Gabriel Thiennot a évoqué l'importance de cette démarche : "Si nous réussissons, je me rendrai au cimetière de Saint-Denis pour lui annoncer. Ce serait un soulagement incommensurable." Les révisions de procès pénals, officiellement reconnues et rarissimes, comptent seulement une quinzaine d'exemples depuis la Deuxième Guerre mondiale, mais pourraient ouvrir une nouvelle ère de justice.







