Rassemblement national et patronat : une alliance insoupçonnée ?

Le RN séduit des patrons, révélant un tournant inattendu dans le paysage politique.
Rassemblement national et patronat : une alliance insoupçonnée ?
Une partie du patronat accepte désormais de discuter avec le RN. En avril 2026, Marine Le Pen a dîné avec des grands dirigeants dont Bernard Arnault (LVMH). © Radio France - RAPHAËL CANNESANT / CELLULE INVESTIGATION

Une partie des chefs d'entreprise français s'ouvre à la discussion avec l'extrême droite. Malgré un scepticisme persistant sur le programme économique du RN, le parti dirigé par Jordan Bardella met en avant une image pro-business qui séduit de plus en plus de dirigeants.

Lors d'une interview, le PDG d'Airbus, Guillaume Faury, a exprimé sa volonté de rencontrer les leaders du Rassemblement national, illustrant un changement notable dans les relations entre le monde des affaires et le parti d'extrême droite. Un mois après cette déclaration, Bardella était invité à Airbus dans un contexte que l'entreprise préfère garder confidentiel. "Nous ne commentons jamais l’agenda privé de nos dirigeants", a indiqué un représentant du groupe.

Des contacts entre des entreprises majeures du secteur de la défense et le RN ne sont pas rares. En début 2026, plusieurs rencontres ont eu lieu, désignant un rapprochement stratégique. "Ces discussions sont tout à fait assumées", assure Franck Giletti, député du RN et vice-président de la Commission défense à l'Assemblée nationale.

Éric Trappier, à la tête de Dassault Aviation, a été précurseur dans cette démarche, plaidant pour un dialogue constructif avec le RN. "C’est quelqu’un de très influent qui n’a pas hésité à créer des liens avec le parti", a commenté un acteur du Medef, soulignant le rôle significatif des entreprises dans ce rapprochement.

La défense et l’aéronautique aux avant-postes

Le changement est également observable chez des leaders d’autres grands groupes aéronautiques. Ross McInnes, président de Safran, a rencontré les figures du RN, mettant de côté ses précédentes critiques du parti. "Notre devoir est d’interagir avec les acteurs politiques qui participent à la vie démocratique", a-t-il déclaré, ajoutant que les patrons doivent rester neutres sur leurs préférences politiques.

Des patrons pragmatiques

La majorité des chefs d'entreprise adoptent une posture pragmatique face à ce retour en force de l’extrême droite. "Le fait d’établir un dialogue, ce n'est pas forcément une approbation de leurs idées", affirme Amir Reza-Tofighi, président de la Confédération des petites et moyennes entreprises (CPME). Les entrepreneurs semblent de plus en plus enclins à rencontrer des représentants du RN, évacuant un tabou qui, il y a quelques années encore, aurait semblé insurmontable.

Les discrètes rencontres de Sophie de Menthon

Une figure de ce rapprochement est Sophie de Menthon, présidente du mouvement patronal Ethic, qui a œuvré pour faciliter les échanges entre le RN et des patrons. "Ces rencontres contribuent à une meilleure compréhension du monde économique par ces élus", explique-t-elle, soulignant l’importance de ces dialogues.

Des craintes subsistent

Malgré ce rapprochement, de nombreuses entreprises restent réticentes et conservent une position critique vis-à-vis des positions du RN, notamment en matière d’immigration, redoutant des mesures qui pourraient menacer la main-d'œuvre étrangère essentielle à leurs activités. "Un renvoi massif des immigrés serait impraticable et nuirait à notre économie", soulignent des représentants de secteurs clés.

En outre, la perception du RN comme un partenaire économique viable varie selon les secteurs. Certains, comme l'aéronautique et la défense, semblent plus permissifs, tandis que les secteurs bancaire et mutuel maintiennent une distance prudente, craintifs d'une éventuelle légitimation de l'extrême droite.

Dans cette dynamique, un cadre du CAC 40 se demande "ce que l’on peut attendre d'un dialogue sans résultats concrets", laissant entrevoir une somme d'inquiétudes et d'incertitudes face à la possible montée du RN sur la scène politique.

Ce tournant dans les relations entre le RN et le monde des affaires marque un moment historique, où la légitimation du parti d'extrême droite devient de plus en plus palpable. Reste à savoir quelles conséquences cette évolution aura pour l'économie française et la société.

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