Ce jeudi matin, l'Insee communiquera les résultats de la croissance pour le premier trimestre de l'année. Était-elle solide avant le début des hostilités au Moyen-Orient à la fin de février ou déjà en déclin ? Cette question est cruciale, car les performances du premier trimestre influencent significativement les résultats annuels.
Face aux conséquences de la guerre en cours contre l'Iran, débutée fin février par une coalition entre les États-Unis et Israël, qui a provoqué une forte hausse des prix de l'énergie, le gouvernement a déjà révisé à la baisse sa prévision de croissance annuelle de 0,1 point, la portant à 0,9%. Ce chiffre s'aligne avec les attentes de la Banque de France.
Le ministre de l'Économie, Roland Lescure, a souligné devant la Commission des Finances que cette révision est due à une demande intérieure privée affaiblie, causée par une inflation croissante et, espérons-le temporairement, par une incertitude accrue. Cependant, le ministre a noté que cette correction semble légère par rapport aux prévisions d'autres pays plus dépendants des importations du Moyen-Orient.
Des pays comme l'Allemagne, l'Espagne, l'Italie et le Portugal dévoileront également leurs chiffres de croissance ce jeudi, tout comme les États-Unis.
- "Impact limité" -
Le gouvernement a également ajusté à la hausse sa prévision d'inflation pour l'année, la plaçant à 1,9% au lieu de 1,3%. Les prix à la consommation, qui n'augmentaient que de 0,9% sur un an en février, ont bondi à 1,7% en mars, en grande partie à cause de la hausse des prix des hydrocarbures. L'Insee devrait fournir des informations supplémentaires pour le mois d'avril également.
Néanmoins, la Banque de France, dans sa note mensuelle publiée le 13 avril, a estimé que le conflit aurait probablement eu un "impact limité" sur l'activité des entreprises au premier trimestre, anticipant une croissance trimestrielle allant même jusqu'à 0,3%.
L'Insee, en revanche, s'est montré plus prudent. Dans une note de conjoncture trimestrielle du 24 mars intitulée "Inflation ravivée, croissance fragilisée", il a revu sa prévision à la baisse, la plaçant à 0,2% pour les deux premiers trimestres, contre 0,3% précédemment.
Ce changement de prévision est en partie attribuable à l'augmentation brutale des prix du baril de Brent, qui a presque doublé depuis décembre, passant de 60 à 119 dollars. Selon Anthony Morlet-Lavidalie, économiste chez Rexecode, la croissance a mal démarré dès le début de l'année, qu'il évalue à un maximum de 0,1% pour le premier trimestre.
Il a relevé un "écart" entre les enquêtes de conjoncture effectuées par l'Insee en janvier et février et les chiffres réels qui ont suivi. Alors que l'Insee signalait une légère amélioration de la confiance des ménages en février, les dépenses de consommation des ménages, représentant un quart du PIB, se sont contractées de 1,4%, atteignant leur niveau le plus bas depuis dix ans, hors période Covid.
Cédric Audenis, directeur des études et synthèses économiques de l'Insee, a confirmé que les indicateurs concernant la consommation de biens et la production industrielle, depuis la révision de mars, ne sont pas encourageants. Il a mentionné que, bien que la croissance soit présente, elle montre des signes de ralentissement.
Le poids du premier trimestre dans le calcul annuel est considérable, énonçant un impact quatre fois plus fort que celui du dernier trimestre de l'année précédente. L'économiste d'ING, Charlotte de Montpellier, prévoit une croissance de 0,7% pour l'année, mais des perspectives moins prometteuses si le conflit se prolonge.
De plus, le début du deuxième trimestre semble déjà entaché par les répercussions de la guerre. Selon l'Insee, le climat des affaires s'est assombri de manière significative en avril, retrouvant des niveaux comparables à ceux de juillet 2024, peu après la dissolution de l'Assemblée nationale, tandis que la confiance des ménages a enregistré sa plus forte baisse depuis mars 2022, coïncidant avec le début des violences en Ukraine.







