L’historien résistant Marc Bloch a été immortalisé au Panthéon aux côtés de son épouse Simonne, Emmanuel Macron profitant de cette occasion pour dénoncer « l’esprit de défaite » qui, selon lui, gangrène notre vie publique.
Marc Bloch, historien et fervent résistant, a été intégré au Panthéon mardi 23 juin 2026, un hommage poignant célébrant sa mémoire quatre-vingt-deux ans après son exécution par la Gestapo. « Ils furent quelques-uns pour rallumer les braises de ce que nous sommes, sauvant ainsi l’honneur de la France avant d’en hâter la victoire », a affirmé Emmanuel Macron lors d’une cérémonie émotive. Il a décrit Bloch comme « l’héritier des Lumières, ancien combattant des deux guerres, (qui) choisit l’Armée des ombres ».
En s’appuyant sur les enseignements de son livre emblématique L’Etrange défaite, document essentiel traitant de l'effondrement français en 1940, le président a établi un lien entre le passé et le présent, en référence à l'extrême droite, dont la présence était réclamée par certains invités, bien que la famille Bloch ait souhaité son exclusion. « L'esprit de défaite, alimenté par ceux qui prétendent être plus français que vous, sacrifie notre nation aux intérêts de forces hostiles », a-t-il déclaré, concluant une cérémonie de plus de quatre-vingts minutes.
Emmanuel Macron a averti que cet « esprit de défaite », véritable poison de notre vie publique, est resté synonyme de l’esprit de Vichy, et il a appelé à le combattre avec fermeté.
Au crépuscule, les cercueils de Marc Bloch et de Simonne ont été accueillis au Panthéon, drapés dans le drapeau français, marquant un moment empreint de gravité.
« En bon Français »
Les cénotaphes renferment des objets symboliques : médailles, photographies et le testament écrit par Bloch en 1941, mais ne contiennent pas leurs dépouilles, qui reposent respectivement en Creuse et sous un faux nom en 1944. La Ballade triste, un poème dédié à son épouse, a résonné lors de cette cérémonie : « La route parfois fut malaisée, le fardeau parfois nous fut lourd. Mais nous étions deux, mon aimée », ont chanté Vincent Delerm et Anne Sila.
Le testament spirituel de Bloch, exprimé en 1941 et lu par la comédienne Lou de Laâge, a également marqué l'événement, mettant en avant son identité de juif alsacien. « Je meurs, comme j’ai vécu, en bon Français », écrivait-il.
Prenant conscience des persécutions subies par l'intellectuel pour sa judéité, Macron a dénoncé avec véhémence l'antisémitisme d'État. « Aux yeux des hommes de Vichy, la vie et l'œuvre de Marc Bloch n'importent guère. Pour eux, seul compte sa judéité », a-t-il insisté, bien que la famille de Bloch ait exprimé son souhait de ne pas voir son héritage utilisé pour des récupérations politiques.
Un clin d'œil historique est fait à la prestigieuse carrière d’écrivain et de chercheur que Bloch a bâtie avant d'être chassé par le régime de Vichy. Créateur de la célèbre revue Annales d'histoire économique et sociale, il a profondément transformé l’approche historique en intégrant des dimensions anthropologiques et sociologiques.
Marc Bloch, qui avait déjà combattu lors de la Première Guerre mondiale, a choisi de retourner au combat en 1939. En 1943, il se cache à Lyon au sein du mouvement Franc-Tireur. Malheureusement, il est arrêté par la Gestapo en 1944, subit des tortures avant d’être exécuté, criant « vive la France » à la fin de son parcours tragique.
Lire aussi







