À Londres, les robotaxis s'infiltrent entre les bus rouges et les célèbres "black cabs". Ce phénomène marque le début d'une compétition commerciale inédite en Europe. Waymo, filiale d'Alphabet, et la startup britannique Wayve (en partenariat avec Uber), sont en première ligne, bientôt relayés par le géant chinois Baidu, associé à Lyft.
Une ville plus ancienne et complexe
Londres présente des défis uniques. Selon Kaity Fischer, responsable chez Wayve, "la ville a 20 fois plus de chantiers routiers que San Francisco" et accueille un nombre élevé de piétons et cyclistes. Fischer souligne que "les routes de Londres sont anciennes, certaines datant de 2000 ans, sans véritable plan de circulation moderne".
En conduisant dans les quartiers résidentiels, les passagers peuvent constater comment, malgré une circulation intense, les véhicules autonomes manœuvrent avec une aisance remarquable. Fischer évoque l'émerveillement des passagers au début, mais note qu'après quelques minutes, leur attention se dirige rapidement vers leur téléphone.
Wayve ambitionne de faire monter à bord ses premiers passagers londoniens cet été, avec la présence d'un superviseur. Pendant ce temps, Waymo, qui œuvre dans onze villes américaines, pourrait rapidement suivre ce chemin. Baidu, quant à lui, prévoit de tester ses robotaxis prochainement, en visant un lancement pour 2026.
Un défi sous pression
Le prix des trajets devrait rivaliser avec ceux des taxis traditionnels, d'après Jeremy Bird, responsable de la croissance mondiale chez Lyft. L'alliance entre Baidu et Lyft illustre les dynamiques compliquées de ce marché, où les partenaires peuvent parfois devenir des concurrents selon le contexte.
Les autorités britanniques accueillent ces développements avec enthousiasme, vantant la réglementation avancée du pays concernant les véhicules autonomes, qui devrait se traduire par des gains économiques significatifs dans les années à venir. Cependant, un sondage de BMG Research révèle que seuls 24 % des Britanniques sont informés sur les robotaxis.
Les incidents récents, comme ceux survenus à Wuhan avec Baidu, ainsi que les complications rencontrées par Waymo aux États-Unis, montrent que les technologies doivent encore prouver leur fiabilité dans un environnement urbain complexe. Philipp Kampshoff, de McKinsey, avertit que les entreprises doivent redoubler d'efforts pour assurer la sécurité, craignant qu'un seul incident grave ne puisse entraîner un retour de bâton sévère.
Une attraction en devenir
Lors du festival South by Southwest à Londres, Saswat Panigrahi, responsable produit chez Waymo, a déclaré que ses véhicules avaient causé 13 fois moins d'accidents graves que les voitures conduites par des humains. Cependant, cette affirmation est mise en doute par Steve McNamara, représentant des taxis londoniens, qui estime que les robotaxis sont "une solution à un problème inexistant".
McNamara rappelle que le nombre de taxis londoniens a drastiquement chuté ces dernières années, passant de 22.300 en 2009 à 14.800 en 2024. Il prédit que les robots-taxis pourraient finalement n'être qu'une "attraction touristique", insistant sur le fait qu'ils pourraient être trop prudents dans des situations de circulation normale.







