REPORTAGE. Menaces directes, intimidation... Au Sud-Liban, l'armée israélienne ne tolère pas la neutralité des populations chrétiennes.
Alors que des négociations entre le Liban et Israël sont annoncées par Donald Trump pour les semaines à venir, la violence se poursuit intensément dans le Sud-Liban. Moins d'une semaine après l'extension du cessez-le-feu, des éclats de canon résonnent encore autour de Marjayoun. Les habitants ressentent chaque détonation, la peur ancrée au cœur de cette région tourmentée. Ronith, ancienne élève d'une école locale, témoigne avec angoisse : "Ne photographiez pas. Vous avez vu ce bâtiment carbonisé ? Des personnes qui prenaient des photos de Khiam ont été ciblées par des tirs israéliens. C’est une réalité quotidienne ici."
La ville de Khiam, sous le contrôle de Tsahal, est un symbole des restrictions impitoyables imposées par l’armée. Les routes menant à cette localité sont interdites, et la censure règne sur toute documentation visuelle. Malgré l’annonce d’une réouverture scolaire, le maire a reçu des injonctions israéliennes explicites : "Aucun chiite dans le village !" Les craintes de sœur Hyam, directrice de l'établissement, sont palpables : "Nous avons repris des cours en ligne car il est hors de question d'exclure des enfants d'origines variées, mais la menace pèse sur nous. Jamais auparavant la situation n’a été aussi tendue."
Des pressions constantes et des menaces, telles sont les méthodes utilisées par Israël pour forcer les chrétiens à prendre position. Bien qu'affirmant qu'ils ne sont pas en guerre contre eux, les Israéliens imposent un climat d'intimidation inacceptable. Un agriculteur anonyme, rencontré dans un village préservé pour éviter les représailles, raconte l'angoisse qui le ronge : "La semaine dernière, ils ont ordonné l’évacuation de mon quartier. Mes vaches, que j’ai enfermées, ne peuvent plus être nourries. Je crains pour leur vie."
Des cas de vol de bétail au profit de l’armée israélienne qui se dit "la plus morale du monde" sont rapportés par plusieurs sources, faisant planer l'ombre d’une expropriation sournoise. Des vidéos accablantes de destructions d'oliviers centenaires, publiées globalement, jettent une lumière crue sur ces agissements.
Une population gagnée par la peur, l’inquiétude et la lassitude
Un responsable local, s’exprimant de manière anonyme pour des raisons de sécurité, évoque un appel reçu d'un agent israélien tentant d'obtenir des informations, sous couvert de lutte contre le Hezbollah. "Ils n'apprécient pas notre résistance. J'espère que mon refus de collaborer ne me portera pas préjudice." Les Israéliens, après chaque incident ou erreur, se hâtent de faire des déclarations d’éthique, mais les conséquences de leurs actions demeurent profondément ancrées dans les esprits.
Ce traitement des chrétiens les fragilise dans leurs relations avec d’autres communautés. Ils sont en effet perçus comme des alliés potentiels des Israéliens, alors que cette perception les expose à des accusations de trahison, notamment par rapport à la communauté druze, qui bénéficie d’un statut de protection.
La destruction de leurs ressources, qu’il s’agisse d’exploitations agricoles ou de bétail, enveloppe les chrétiens d'une menace sournoise qui les pousse à envisager l'exil. Cela se déroule sans chasse directe, mais par des moyens subtils et coercitifs. La dure réalité des fêtes chrétiennes se heurte à la nécessité de surveiller les mouvements du Hezbollah, rendant chaque journée pénible.







