Des prisons françaises subissent des blocages en raison d'un appel du syndicat Ufap-Unsa ce lundi 27 avril. Des mesures d'urgence contre la surpopulation carcérale sont exigées.
Depuis le lundi 27 avril au matin, plusieurs prisons sont bloquées suite à un appel du syndicat Ufap-Unsa. L'organisation réclame des mesures d'urgence face à la surpopulation carcérale et aux effectifs insuffisants. Des manifestations rassemblant plusieurs dizaines de personnes ont eu lieu à Bois-d’Arcy (Yvelines), Lyon-Corbas et Villeneuve-les-Maguelone (Hérault), perturbant parfois l'extraction des détenus.
Dans les Hauts-de-France, les actions ont touché « 14 établissements sur 17, avec 11 bloqués », a déclaré Thomas Vaugrand, secrétaire général régional du syndicat, appelant à un « plan d'urgence ». À Beauvais (Oise), Amiens (Somme), Douai (Nord) et Béthune (Pas-de-Calais), des barricades ont été érigées, perturbant l'accès aux établissements pénitentiaires.
Un système carcéral au bord de l'implosion
Les surveillants et directeurs de prison sonnent l'alarme depuis des mois sur un système pénitentiaire à bout de nerfs. En janvier, le Conseil de l’Europe a signalé l’état déplorable des prisons françaises, souvent surpeuplées et insalubres, évoquant le risque d'une évolution vers un « entrepôt humain ». Les statistiques confirment cette menace, avec un taux d’occupation atteignant 137,5 % au 1er mars, comptabilisant 87.126 détenus pour moins de 63.500 places disponibles.
Stéphane Lecerf, délégué d’Ufap-Unsa et surveillant à la maison d’arrêt de Valenciennes, dépeint une image inquiétante : son établissement compte 380 détenus pour 196 places. « On a moins de temps à consacrer aux détenus, donc il ne faut pas s’étonner qu’il y ait des loupés », souligne-t-il, soulignant les conséquences sur les services d'insertion, de probation et la comptabilité. « Certains dossiers sont traités à la va-vite, ce qui entraîne de grosses tensions, » ajoute le syndicaliste.
Actuellement, avec une augmentation de 200 détenus par semaine, la barre des 90.000 incarcérés sera rapidement franchie si des mesures d'urgence ne sont pas prises. Les syndicats craignent une montée de la violence cet été dans des cellules déjà surpeuplées et mal isolées. De plus, l’Ufap-Unsa dénonce la pénurie chronique de surveillants, avec 5.000 postes vacants.
Un projet de loi en préparation pour faire face à la crise
Le syndicat espère que cette mobilisation touchera la moitié des 190 établissements pénitentiaires, bien que le premier syndicat des surveillants, FO Justice, n’ait pas participé, jugeant l'action « trop précoce ». Un projet de loi est en cours de rédaction pour s'attaquer à la surpopulation carcérale et prévoit d'éliminer la pratique des matelas au sol, alors qu'il y avait près de 7.000 en mars. Toutefois, aucun calendrier concernant son dépôt ou son adoption n’a été communiqué.
Le garde des Sceaux, Gérald Darmanin, s’oppose à toute mesure de régulation carcérale. Une fois un certain seuil atteint, une entrée en détention devrait entraîner une sortie. Le ministère de la Justice prévoit l'ouverture de 3.000 places supplémentaires dans des « prisons modulaires », dont la moitié devraient être opérationnelles d'ici 2027. Ces structures sont conçues pour accueillir des détenus en fin de peine ou pour de courtes périodes. Cependant, moins d'un tiers des 15.000 places supplémentaires promises par un plan national lancé en 2018 ont été réalisées.
Gérald Darmanin a récemment salué l'augmentation des expulsions de détenus étrangers, mais cela reste une solution limitée, selon les syndicats de surveillants et directeurs de prison.







