L’Assemblée législative salvadorienne a adopté une réforme constitutionnelle le mois dernier, promulguée par le président Nayib Bukele ce mercredi. Ce nouveau cadre juridique prévoit l’emprisonnement à vie pour les mineurs dès l’âge de 12 ans en cas de crimes graves tels que l’homicide, le féminicide, le viol ou l’appartenance à des gangs. Cette décision a été rapportée par Associated Press.
La majorité des élus ayant adopté cette réforme appartiennent au parti de Bukele, marquant un tournant dans la lutte contre la criminalité au Salvador. Anciennement, les peines pour les mineurs étaient plafonnées à 60 ans de prison. Le texte entrera en vigueur le 26 avril prochain. Il prévoit également la création de tribunaux pénaux spécifiques pour les jeunes condamnés et un réexamen obligatoire des peines à perpétuité en fonction de l'âge des délinquants et de la gravité de leurs actes.
Cette initiative s'inscrit dans un contexte de répression accrue lancé par le président, qui, en mars 2022, a instauré un état d'urgence, suspendant plusieurs droits constitutionnels fondamentaux, comme le droit à une défense efficace et à la limitation de la détention préventive. Bien que présentée comme temporaire, cette mesure a été prolongée, permettant l'arrestation de plus de 91 650 personnes en moins de quatre ans, soit plus de 1 % de la population salvadorienne.
Les méthodes d’arrestation sont souvent critiquées pour leur manque de rigueur, avec des accusations souvent vagues et des preuves insuffisantes. Selon Associated Press, les prisons ont vu des procès collectifs se multiplier, compliquant la défense des prévenus. Les membres de gangs, par exemple, ont été condamnés à l'issue de ces procédures à des peines cumulées dépassant plusieurs centaines d'années.
Les intentions du gouvernement sont explicites, affirmant que les membres de gangs interpellés ne „retourneraient jamais dans la rue. Bukele a justifié ces actions auprès de l’ONU, déclarant en septembre 2024 que les détentions étaient en réalité une libération massive du crime.
Les organisations de défense des droits de l’homme dénoncent ces détentions arbitraires, certaines allant jusqu’à porter plainte devant la Commission interaméricaine des droits de l’homme, affirmant que la majorité des prisonniers l’ont été injustement, une affirmation que Bukele conteste vigoureusement. Toutefois, la répression ne cible pas uniquement les membres des gangs.
Le gouvernement s'en prend aussi à ses opposants politiques, emprisonnant des critiques et des militants. Journalistes et voix dissidentes se retrouvent souvent face à un choix difficile : l’exil ou la prison. En 2022, Bukele a poussé plus loin sa politique en levant la limitation des mandats présidentiels, lui permettant de rester au pouvoir indéfiniment.







