Un retournement inattendu s'annonce dans cette affaire labyrinthique : 41 ans après le tragique meurtre de Grégory Villemin, la cour d'appel de Dijon examine le 27 mai une possible annulation de la mise en examen de sa grand-tante, Jacqueline Jacob, suspectée d’avoir joué un rôle d’instigatrice.
Le 16 octobre 1984, le corps sans vie de ce garçon de quatre ans a été découvert dans les eaux troubles de la Vologne, une rivière des Vosges. À peine une journée plus tard, une lettre anonyme, pleine de ressentiment, parvenait aux parents du petit : "Voilà ma vengeance. Pauvre con". Des mots jugés par les enquêteurs comme étant de la plume même de Jacqueline Jacob.
Déléguée CGT, elle avait déjà été entendue en 1982 pour des propos vindicatifs à l'encontre de Jean-Marie Villemin, le père de Grégory, dont le succès suscita des jalousies dans la famille Jacob. Bien que cette dernière ait toujours nié toute rivalité, Jacqueline Jacob, mariée à Marcel, frère de la grand-mère de Grégory, a été mise en examen pour "enlèvement et séquestration suivie de mort" en 2017, mais les poursuites avaient été annulées un an plus tard pour vice de forme.
Puis, le 24 octobre 2025, son statut a été à nouveau reconsidéré, cette fois pour "association de malfaiteurs", impliquant qu'elle aurait planifié le meurtre plutôt que d’y avoir pris part directement. Son avocat, Frédéric Berna, a déclaré à l’AFP que "la justice n’apprend pas de ses erreurs" et il a l’intention de demander l'annulation de cette mise en examen lors de l'audience.
Si les juges donnent suite à sa demande, ce serait la cinquième invalidation de poursuites dans cette affaire, marquée par des rebondissements incessants. En effet, Christine Villemin, la mère de Grégory, avait bénéficié d’un non-lieu en 1993 après avoir été soupçonnée, et en 2018, les mises en examen de Jacqueline Jacob, de son mari Marcel, et de Murielle Bolle, liée à un suspect, avaient également été annulées.
Des expertises encore en cours
Les accusateurs de Jacqueline Jacob, aujourd'hui âgée de 81 ans, insistent sur le fait que l'annulation de sa première mise en examen résultait d'un vice de forme et non d’un manque d’éléments probants. De plus, des preuves récentes semblent avoir renforcé les accusations portées contre elle.
D’après une expertise réalisée en 2021, relatée par l'AFP, la grand-tante de Grégory aurait été l'auteure non seulement de la lettre menaçante du 16 octobre 1984, mais aussi de trois autres correspondances datant de 1983, dont une qui disait : "Je vous ferai votre peau". Toutefois, Me Berna contre-argumente que “plus d’une vingtaine” de corbeaux ont été identifiés dans le cadre de l'enquête, rendant incertain le lien direct aux lettres incriminées.
Nonobstant, l'avocat ne remet pas en question le fond de l’affaire lors de son recours, insistant sur des questions de procédure avec des faits désormais prescrits. Les juges de Dijon ne devraient pas rendre leur verdict avant plusieurs mois. En cas d’échec, Me Berna a l'intention de porter l'affaire en cassation.
En omettant d'attaquer le fond, cela pourrait signifier que la défense de Jacqueline Jacob reconnait implicitement le sérieux des accusations formulées à son encontre, selon l’avocat des parents de Grégory, François Saint-Pierre. Il souligne que des analyses des écrits anonymes sont toujours en cours et qu'une possibilité d'implication accrue de Mme Jacob pourrait entraîner une mise en examen pour complicité d’assassinat. "Il faut que la vérité éclate et que la justice se prononce" conclut-il.







