Plus l'exposition à la pauvreté est significative dès l'entrée au collège, plus les probabilités de décrochage scolaire et d'insertion professionnelle compliquée augmentent, surtout pour les femmes. Il ressort ainsi que parmi les élèves ayant connu la pauvreté, près de four jeunes sur dix abandonnent le système éducatif sans le baccalauréat.
Cette analyse, intitulée "La pauvreté en héritage", repose sur le suivi de plus de 18 000 élèves entrés en sixième en 2007 jusqu'à leur âge adulte en 2023, selon un rapport publié le 12 février. L'étude présente une définition multidimensionnelle de la pauvreté, intégrant non seulement des critères économiques mais aussi des aspects matériels (comme l'accès à un ordinateur ou Internet) et des considérations administratives.
Un décrochage préoccupant
Les jeunes venant de milieux défavorisés sont fréquemment exposés à des situations familiales fragiles, telles que la monoparentalité, qui touche 49 % des familles pauvres, contre 6 % de celles considérées comme non pauvres. Ceci se traduit par des parcours scolaires chaotiques, où un nombre significatif d'entre eux ne parviennent pas à terminer un cycle éducatif correct.
À 26-27 ans, 28 % des jeunes ayant connu la pauvreté sont classés dans la catégorie NEET (ni en emploi, ni en études, ni en formation), comparé à seulement 10 % chez les jeunes épargnés. Parmi ceux qui trouvent un emploi, presque un tiers se retrouve dans les cinq pourcents de salaires les plus bas, exposant ainsi une réalité alarmante même une fois actifs.
La guerre des genres
Une autre découverte intéressante est celle du "paradoxe de la surpénalité féminine". Bien que les femmes issues de milieux pauvres aient tendance à obtenir de meilleurs diplômes que leurs homologues masculins, elles rencontrent des difficultés plus marquées sur le marché du travail. Un tiers des femmes ayant subi une pauvreté sévère sont NEET, contre 23,4 % des hommes, ce qui démontre l'impact crucial de la parentalité sur l'employabilité et l'insertion professionnelle des femmes.
"Ces résultats doivent nous inciter à chercher les meilleurs leviers d'action publique", conclut Clément Peruyero, l'auteur de l'étude.
Le chercheur exhorte à une intervention précoce, à un investissement accru dans l'enfance et à des politiques visant à réduire les inégalités liées aux parcours parentaux et au marché du travail, car la pauvreté ne devrait pas définir l'avenir de la jeunesse.







