Gestion de l'eau, préservation de la biodiversité et recours à des pesticides controversés, le projet de loi d'urgence agricole se heurte à de profondes divisions au Sénat. Démarrée lundi, l'examination du texte pourrait déjà relancer les affrontements, tout juste un an après les vives critiques autour de la loi Duplomb.
L'humeur dans les rangs des agriculteurs reste explosive depuis la mobilisation de l'hiver dernier, et les inquiétudes se mêlent à un véritable choc des idées au sein de l’hémicycle. Le Sénat, dominé par la droite et les centristes, semble déterminé à assouplir davantage la réglementation encadrant plusieurs secteurs essentiels, notamment en ce qui concerne l'eau et la gestion des espèces prédatrices telles que le loup.
Adopté début juin à l'Assemblée nationale avec un soutien allant de la majorité aux membres du Rassemblement national, ce texte vise à répondre aux revendications du secteur agricole, qui avait exprimé son mécontentement en janvier dernier à Paris avec des manifestations au volant de tracteurs.
Le gouvernement s'interroge néanmoins sur la possibilité de finaliser le texte avant la pause estivale qui aura lieu fin juillet. Bien que ce calendrier semble réalisable, des déclarations officielles témoignent de l'inquiétude du gouvernement face aux modifications proposées par les sénateurs, qui pourraient provoquer des tensions au sein de la classe politique et de l'opinion publique.
Parmi les modifications les plus controversées, la réintroduction de deux pesticides, l'acétamipride et le flupyradifurone, longtemps interdits en France, suscite l'opposition virulente de plusieurs acteurs environnementaux. Ces produits, responsables de la destruction d'écosystèmes, ont été intégrés par l'intermédiaire d'un amendement en commission, renforçant ainsi les tensions au sein de la gauche, qui dénonce une "surenchère pro-pesticides".
La ministre de la Transition écologique, Monique Barbut, se montre particulièrement critique à l’égard de ces mesures, tandis que sa collègue à l’Agriculture, Annie Genevard, admet la complexité de la situation tout en affirmant que cette évolution pourrait brouiller les débats.
Pour Pierre Cuypers, sénateur LR, ces dérives sont nécessaires pour soutenir certaines filières en crise, telles que la filière betteravière. En revanche, le socialiste Jean-Claude Tissot met en garde : "L'acétamipride ne doit pas faire oublier d'autres reculs très importants".
Alors que les discussions sur les obligations environnementales liées à la gestion de l'eau se poursuivent, les préoccupations se multiplient. Le texte prévoit d’alléger certaines contraintes, une option qui suscite l’inquiétude après une canicule sans précédent. La question des protections pour les éleveurs face aux attaques du loup agite également le débat, avec la proposition de supprimer les autorisations préalables pour les tirs de défense.
Avec près de 1.000 amendements à l'ordre du jour, une réunion mixte entre députés et sénateurs est prévue mi-juillet pour tenter d'aboutir à un texte de compromis. Les nombreuses divergences laissent présager une voie semée d'embûches.







