La nouvelle génération de réacteurs nucléaires, considérée comme l'avenir du secteur, prend forme aux États-Unis grâce à une synergie entre capitaux privés et soutien gouvernemental. Dans le désert de l'Idaho, les installations du laboratoire national de l'Idaho (INL) jouent un rôle clé dans ce renouveau.
Dispersés parmi des paysages arides, ces bâtiments aux couleurs neutres peuvent sembler anodins. Toutefois, des éléments tels que des soldats armés, des points de contrôle et des caisses marquées par un symbole de radioactivité remettent en question cette apparente banalité.
Le 4 juin, la start-up Antares a réussi un exploit significatif : faire fonctionner un réacteur nucléaire de conception innovante, un événement inédit aux États-Unis depuis près de cinquante ans. "C'est vraiment la première réalisation concrète de cette renaissance du nucléaire", exprime avec enthousiasme Jordan Bramble, directeur d'Antares.
Aalo Atomics, un autre acteur du programme lancé en 2025 sous la présidence de Donald Trump, devrait bientôt suivre les traces d'Antares à l'INL, avec des objectifs ambitieux pour la fête nationale américaine du 4 juillet. À peine quelques semaines plus tard, Valar Atomics atteignait aussi ce stade dit de la criticité en Utah, marquant une avancée supplémentaire dans ce domaine.
Un ingénieur d'Aalo, présent sur site, a exprimé sa surprise face à ce renouveau technologique : "Cela fait 30 ans que je suis dans cette industrie et je ne pensais pas voir construire un réacteur de conception nouvelle".
L'INL, qui avait réalisé plus de 50 prototypes de réacteurs, avait temporairement suspendu ses activités après les accidents de Three Mile Island et de Tchernobyl. Cependant, la guerre en Ukraine et les avancées de l'intelligence artificielle ont redynamisé le secteur, poussant Joe Biden et Donald Trump à répondre à cette nouvelle demande par des partenariats public-privé.
Des milliards de dollars sont désormais investis dans le développement de ces petits réacteurs modulaires (SMR), avec des conceptions si innovantes qu'un de ces réacteurs a pu être transporté à l'INL par un simple pick-up. En outre, le soutien gouvernemental a permis aux entreprises de bénéficier des infrastructures et de l'expertise de l'INL, forte de près de 80 années d'expérience.
Ces nouveaux réacteurs utilisent des mécanismes différents de ceux basés sur la vapeur d'eau des modèles traditionnels, éliminant ainsi les risques de catastrophes comme celles de Three Mile Island ou Tchernobyl. "Nous n'avons pas besoin de parois en béton de plusieurs mètres d'épaisseur", précise Yasir Arafat, responsable technique chez Aalo.
Malgré une vitesse d'avancement accrue, Tori Shivanandan, présidente de Radiant, insiste sur le besoin de respecter les normes de sécurité : "Si nous ne faisons pas des produits sûrs, nous ne vendrons jamais de réacteur". Il est important de noter que la criticité n'implique pas automatiquement la mise sur le marché, car chaque modèle doit être validé par la Commission nucléaire américaine (NRC).
Chris Wright, ministre de l'Énergie, a toutefois annoncé que plusieurs de ces modèles seraient capables de produire de l'électricité dès l'année prochaine et espère voir des centaines de réacteurs opérationnels d'ici la fin de la décennie. Les premiers SMR de Radiant et d'Antares seront déployés sur des sites militaires américains, tandis qu'Aalo cible les centres de données.
L'objectif est d'étendre ces installations aux secteurs industriels puis aux collectivités, une fois que le coût unitaire aura été optimisé grâce à des économies d'échelle. Sanjay Mukhi de Deployable.energy a exprimé une ambition impressionnante : produire jusqu'à mille réacteurs par an en pleine cadence.
Au-delà de leur potentiel énergétique, ces nouvelles technologies représentent aussi une opportunité d'expansion à l'international, avec des pays comme la Chine déjà impliqués dans le développement de SMR. Chris Wright partage son optimisme : "L'intérêt croissant de pays européens et asiatiques pour ces petits réacteurs est incroyable. D'ici une décennie, nous pourrions voir des exportations américaines massives dans ce secteur".







