Dans une interview accordée au Handelsblatt, le président de KNDS, Tom Enders, a exprimé des inquiétudes quant à la direction que prend Berlin. Il dénonce un manque de coopération avec Paris, en soulignant les effets délétères de cette attitude sur les projets d’armement conjoints, notamment après l’échec du programme de l’avion de combat du futur, le SCAF.
Alors que KNDS se prépare pour une entrée en Bourse imminente, Berlin serait en train de réclamer des « droits de veto » sur la propriété intellectuelle du groupe, suscitant l'inquiétude parmi les défenseurs d'une coopération renforcée. Cette demande, selon des sources gouvernementales, proviendrait de députés du SPD, partenaire minoritaire de la coalition gouvernementale. Dans une réponse à l'AFP, les ministères de l'Économie et des Finances allemands n’ont pas commenté ces fuites.
Tendance "préoccupante"
"Voulons-nous vraiment traiter la France comme la Chine, contre laquelle nous avons été en désaccord ?"
Enders plaide pour un retour à des relations équilibrées, affirmant que se replier sur soi-même serait une erreur pour l'avenir des collaborations internationales en matière de défense. Selon lui, l'Allemagne n'a pas développé d'avion de combat de manière autonome depuis 1945, ce qui souligne la nécessité de partenariats stratégiques.
Après le fiasco du SCAF, les doutes s'installent sur l'avenir des autres projets militaires partagés entre Paris et Berlin, dans un contexte où les menaces externes, comme celles venant de la Russie, deviennent de plus en plus pressantes.
Deux blindés pour chaque pays ?
Récemment, le gouvernement allemand a évoqué la possibilité d'une approche distincte concernant le projet de char du futur, le MGCS, dans lequel KNDS joue un rôle clé. Les discussions pourraient aboutir à deux modèles différents, un pour chaque nation, plutôt qu'un développement collaboratif unique.
Créé en 2015, KNDS est le fruit d’un rapprochement entre le français Nexter et l’allemand Krauss-Maffei Wegmann. Alors que la société mère de KNDS est détenue à parts égales par l'État français et la famille allemande Wegmann, cette dernière souhaite réduire sa participation, ouvrant la porte à des changements significatifs dans la structure du groupe.
Avec une participation potentielle de Berlin de 40 %, qui pourrait descendre à 30 % dans quelques années, l’avenir de la coopération franco-allemande dans le secteur de défense semble de plus en plus incertain, créant un climat d’anxiété quant à la capacité de l'Europe à s'unir face à des défis communs.







