Dès 10h00, Juliette, directrice d'hôtel de 30 ans, constate que son appartement à Paris atteint déjà 28 degrés et a dépassé les 35 degrés cette semaine. Dans son salon du 11ème arrondissement, le soleil entre par deux fenêtres sans volets, réchauffant le sol en plein après-midi. Le dernier étage amplifie la chaleur, ajoutée par un toit en zinc, des murs mal isolés et un palier sous une verrière.
Pour échapper à cette fournaise, Juliette fait face à un voisinage peu accueillant, sans arbres et sans ventilation adéquate. La solution la plus efficace pour créer un courant d'air est de solliciter le voisin d'en face pour ouvrir les fenêtres.
"Je ne passe pas mes nuits ici. Je viens le matin pour nourrir le chat et je passe la journée au parc", confie-t-elle, ajoutant être "trop contente de cet appartement", malgré les difficultés.
Une prise de conscience nécessaire
Le propriétaire de l'appartement réfléchit à le vendre, mais l'agent immobilier qui analyse la situation s'inquiète du diagnostic de performance énergétique, ou DPE. Cela dit, les critères de confort d'été, comme la présence de volets, ne semblent pas encore impacter la vente, explique Philippe Thomas, gérant de l'agence FredéLion Oberkampf.
"Les gens recherchent le soleil à Paris. 80% du temps, c'est supportable. Je vends bien plus un appartement surexposé au sud qu'au nord", précise-t-il.
Dans le sud de la France, où les températures atteignent également des sommets, une exposition sud reste prisée, tout comme les appartements au dernier étage, note Romain Odano, directeur général chez Nestenn. L'absence de volets, selon lui, n'a jamais été un frein à la vente.
Cédric Lentillon, directeur adjoint du département Bâtiment durable au Cerema, avertit : "Nous n'avons pas intégré le confort d'été dans notre façon de concevoir les logements. Les tendances actuelles, centrées sur la lumière naturelle, doivent prendre en compte la nécessité d’une ventilation nocturne sécurisée pour atténuer la chaleur".
"Il pourrait falloir quelques étés de plus pour que la population réalise l'importance de ces aménagements", souligne-t-il.
Vers un futur incertain pour ces logements
Dans l'ouest parisien, Thomas Bertin constate des changements feutrés, avec des acheteurs prenant conscience des désavantages liés aux logements sous combles. Malgré tout, les prix demeurent stables, note-t-il.
Yann Jéhanno, président de Laforêt France, insiste sur le fait qu'il existe un risque de baisse de valeur de ces logements à moyen terme, même si, pour l’heure, cela semble lointain.
À l'inverse, les logements étiquetés énergétiquement inefficaces, souvent difficiles à chauffer en hiver, subissent déjà des baisses significatives de leur prix de vente. Selon le Conseil supérieur du notariat, les appartements classés G se vendent 12% moins cher que ceux classés D.
Cédric Lentillon est convaincu que le confort d'été finira par intégrer les critères de valeur immobilière, mais pour l'heure, cela reste marginal. Pierre Dailliez, notaire à Paris, ajoute que les éventuelles adaptations pour la climatisation commencent à figurer dans les préoccupations des futurs acheteurs.







