"Ce soir je suis bien disposée, il faut en profiter". C'est avec ces mots plein d'insouciance que Simone Veil écrivait à sa sœur Denise le 4 mars 1944, sans savoir que son destin allait basculer. Moins d'un mois plus tard, la famille serait arrêtée à Nice par la Gestapo et déportée. Cette lettre, parmi d'autres objets personnels et photographies, offre un aperçu intime de la vie de cette grande figure de la République, survivante d'Auschwitz et décédée en 2017. Le Mémorial de la Shoah lui consacre une exposition qui s'ouvre ce mardi.
Intitulée "Simone Veil. Mes soeurs et moi", l'exposition imaginée par le commissaire David Teboul ambitionne de rassembler cette famille frappée par la Shoah. André Jacob, le père, et son fils Jean ont été assassinés en Lituanie, tandis que la mère, Yvonne, n'est jamais revenue d'Auschwitz. Seules ses trois filles — Simone, Madeleine, surnommée "Milou", et Denise, déportée à Ravensbrück en tant que résistante — ont échappé aux camps nazis.
David Teboul, qui a rencontré Simone Veil en 2000, déplore que parfois les récits de Vichy soient présentés comme une protection pour les Juifs français. "Cette famille est française, assimilée, mais tous ses membres ont dû faire face à l'horreur des camps", souligne-t-il, ajoutant qu'il a accumulé une vaste collection d’écrits et de photos après la mort de Simone.
L’exposition vise à dévoiler un aspect plus personnel de Simone Veil, au-delà de sa figure emblématique légitimée par son action pour la légalisation de l'IVG en 1975. À travers sa correspondance, elle apparaît comme une jeune femme avide de lecture, évoquant même "Mein Kampf" qu'elle juge "insipide et mal traduit".
Pour donner vie à ces correspondances, des comédiennes telles que Marina Foïs, Isabelle Huppert et Dominique Reymond prêtent leurs voix dans l'espace du Mémorial. "Les femmes ont souvent été omises de l'histoire, alors qu'elles ont joué un rôle crucial dans la Résistance", souligne Teboul.
Denise, agent de liaison, a été arrêtée à Lyon où elle vivait seule. Soumise à des interrogatoires, elle n’a jamais craqué et a été déportée à Ravensbrück. "C’est une femme remarquable, qui a choisi de rester à l'ombre", affirme-t-il, rappelant que les sœurs ont rarement abordé leurs souffrances respectives. "Denise, très prudente, ne voulait pas réveiller la douleur de Simone, qui était déjà immense", raconte Teboul, mentionnant une lettre poignante de Denise à Simone, où elle avoue ne jamais avoir osé l’envoyer.







