Matelas au sol, conditions insalubres et traitements dégradants : dans un avis publié le 2 juillet, Dominique Simonnot, contrôleure des prisons, dresse un tableau préoccupant de la surpopulation carcérale en France et dénonce l'inaction des pouvoirs publics.
« Aucune mesure d’envergure nationale n’a été prise » en près de trois ans pour contrer cette situation alarmante, qui ne cesse d’atteindre des sommets. Dans son avis rendu public au Journal officiel, la Contrôleure général des lieux de privation de liberté (CGLPL) appelle de nouveau à intégrer « dans la loi un mécanisme contraignant de régulation carcérale » pour garantir les droits fondamentaux des personnes détenues, tels que l’accès à un encellulement individuel et le respect de leur dignité.
Cette proposition, déjà mise en avant dans un avis de septembre 2023, a été fermement rejetée par le ministre de la Justice, Gérald Darmanin. D’après un rapport récent, la France est en tête des pays du Conseil de l’Europe en matière de surpopulation carcérale, aux côtés de la Turquie. Le nombre de détenus a explosé, passant de 73 699 pour 60 562 places disponibles au 1er juin 2023 à 88 829 pour 63 237 places trois ans plus tard, souligne l’autorité indépendante.
Le ministère prévoit d'ouvrir 3 000 nouvelles places, dont la moitié dès 2027, malgré une livraison de moins d’un tiers des 15 000 places supplémentaires promise dans un plan lancé en 2018. Le CGLPL met en évidence que « l’accroissement des capacités d’accueil s’accompagne souvent d’une augmentation parallèle du nombre de personnes incarcérées », remettant en question l’efficacité de ces mesures.
Fresnes et Grenoble, symboles de la dérive
En parallèle, le CGLPL a mis en lumière la situation alarmante des centres pénitentiaires de Fresnes et de Grenoble. À Fresnes, l'autorité réussit à convaincre que « aucune nouvelle incarcération ne doit intervenir » dans cet établissement en état de délabrement avancé. Elle appelle à une stratégie claire pour sa rénovation ou reconstruction.
Concernant Grenoble-Varces, le lieu de détention, déjà alerté en juillet dernier, présente un taux de surpopulation de 179 %, un fait inacceptable selon les contrôleurs. « La situation est extrême, avec des moyens humains déficients », souligne le rapport. Les conditions sont telles que certains détenus se retrouvent à « manger avec les doigts » parce qu’il n'y a pas de couverts disponibles.
Dominique Simonnot ne cache pas sa consternation face à l’ampleur de cette crise : « La gravité de la situation pourrait porter atteinte à la dignité et même à la vie des détenus, en violation des droits garantis par la Convention Européenne des Droits de l'Homme ».
La CGLPL insiste sur l’urgence d’agir pour trouver des solutions viables et durables face à une problématique qui ne fait qu’empirer. Les dispositifs d’aménagement de peine et les alternatives à l’incarcération, bien que nécessaires, restent souvent sous-utilisés, voire entravés par des conditions restrictives, aggravant davantage la crise actuelle.







