D'un pas tremblant, Laëtitia R., âgée aujourd'hui de 42 ans, se dirige vers la barre de la cour d'assises de Digne-les-Bains. Son regard demeure éloigné de celui de Guillaume Bucci, jugé pour des actes d'une cruauté inouïe, dont viols et torture, entre 2015 et 2022. Elle s'applique à contrer la thèse de la défense qui voudrait que les atrocités qu'elle a subies fassent partie d'un consentement dans le cadre de jeux sadomasochistes.
Chaque jour depuis le début du procès, les auditeurs plongent dans les détails saisissants d'une relation marquée par la domination et l'angoisse. "J'avais l'impression de mourir de l'intérieur. Chaque acte de violence me détruisaient un peu plus", confie Laëtitia, vêtue d'un ensemble noir agrémenté de fines rayures. Son histoire débute à la rencontre avec Bucci, un directeur d'agence bancaire à Manosque, qui lui promettait une initiation délicate au sadomasochisme. Les attentes naïves de Laëtitia ont rapidement été brisées.
Une tragédie insupportable
La témoignage de Laëtitia est un récit d'horreur. À la barre, elle évoque des actes inimaginables, allant des abus sexuels aux violences physiques inouïes. "Quand je disais non, il allait jusqu'à exécuter ses menaces", témoigne-t-elle. Elle parle de strangulations jusqu'à perdre connaissance, et des promesses glaçantes : "Aujourd'hui tu es en vie, mais la prochaine fois, tu ne te réveilleras pas".
Subissant les abus répétitifs de Bucci, Laëtitia explique comment la terreur influait sur son comportement quotidien. Chaque provocation ou simple geste des enfants pouvait provoquer un orage de violences. "Je ne pouvais plus défendre mes propres enfants sans risquer de subir sa fureur", se souvient-elle. En conséquence, elle a pris l'habitude de se soumettre.
Survivre au-delà des séquelles
Anticipant les interrogations des avocats de Bucci, Laëtitia insiste sur des échanges qu'elle a tenus, où elle semblait consensuelle à ces jeux. "J'étais obligée de feindre l'adhésion pour survivre. Chaque fois que je montrai un semblant d'acceptation, il relâchait un peu sa pression", explique-t-elle, des larmes aux yeux, tout en révélant une stratégie de survie face à l'horreur.
La présidente de la cour, Estelle Lassaussois, témoigne de l'écho dévastateur des révélations de Laëtitia sur l'état psychologique de cette dernière. Selon les rapports d'experts, elle présente des séquelles graves, ayant été marquée par une destruction psychique. "Sans mes enfants, je ne serais plus là aujourd'hui", avoue-t-elle avec amertume.
"Je fais la cuisine et je suis soudain submergée par des souvenirs de violences. Cela affecte mes enfants qui me voient sombrer. Je dois lutter chaque jour pour rester fort."
Dans la salle d'audience, l'atmosphère est palpable d'émotion. Le verdict final est attendu avec une impatience croissante. Bucci risque la réclusion criminelle à perpétuité.







