Le supercalculateur IA de Villefontaine, situé en Nord-Isère, est en pleine expansion. Sa puissance promet d'atteindre 200 MW dans les mois à venir, un projet jugé stratégique par l'Elysée. Pourtant, cette « usine à IA » suscite également de vives inquiétudes parmi les habitants de la ville.
L’établissement est intégralement surveillé par l’Elysée. En effet, ce data center fait partie des 150 projets industriels jugés cruciaux par la présidence de la République, comme l’a noté Emmanuel Macron lors d’une visite à Montluçon. Mais alors que les objectifs se précisent, des interrogations émergent sur les conséquences environnementales de cette installation.
Il faut savoir que cette initiative est dirigée par DataOne, une société qui a acquis les locaux de DXC Technology. Son ambition est d’amplifier la puissance du datacenter à 200 MW d'ici 2028. Charles Antoine Beyney, le PDG de DataOne, évoque une « véritable usine d'IA », bien que la discrétion demeure de mise.
Pour de nombreux habitants de Villefontaine, la présence de ce méga centre de données reste une surprise. Les opinions sont variées. Un résident abonde dans le sens du progrès, déclarant : « De toute manière, il faut avancer avec la modernité », tandis qu'une jeune fille exprime des craintes : « Cela va consommer énormément d'eau, et ce n'est pas très respectueux de l’environnement ». Un collectif s’est même organisé pour adresser une pétition contre le supercalculateur, prévoyant une montée en puissance au cours des deux ou trois prochaines années.
Les questions de consommation d'électricité préoccupent particulièrement Ludovic Herbepin, un militant écologiste et membre de l'association Porte de l'Isère Environnement. Il souligne : « Actuellement, cela consomme déjà 15 MW, augmentant à 40 MW au printemps, représentant la consommation d'environ 100,000 habitants — autant que la totalité de la 10e circonscription de l'Isère ». Les préoccupations ne tournent pas seulement autour de l’énergie, mais aussi de l’eau nécessaire à refroidir les équipements et des impacts de chaleur générée dans la région.
Selon Herbepin, l'équivalent de trois piscines olympiques en eau par an devra être consommé pour le refroidissement. « Une inquiétude de réchauffement climatique pèse sur l'agglomération de CAPI, notamment autour de Villefontaine et La Verpillière », déclare-t-il, plaidant pour une étude approfondie des sites d'implantation pour ce genre d’infrastructures.
La réponse de Data One
En réponse aux inquiétudes, Charles Antoine Beyney défend son projet en affirmant que : « Nos Data Centers d’aujourd’hui sont bien plus efficaces en termes d’énergie et de gestion de l’eau ». Il insiste sur le fait que l’atteinte de 200 MW ne devrait entraîner qu’une légère élévation de la température de la zone, tout en promettant d'utiliser de l'électricité verte. « Nous comptons améliorer les surfaces imperméabilisées et utiliser des circuits d'eau fermés, minimisant ainsi notre impact sur l'environnement », ajoute-t-il.
Beyney plaide également en faveur de l'importance d'une telle installation pour la souveraineté nationale : « Ce type d’infrastructure est essentiel pour le développement de solutions innovantes, comme des traitements contre le cancer ou des simulations stratégiques pour le pays ».
Pour Ludovic Herbepin, la question ne se limite plus à la capacité de puissance. « 10 à 15 % d'IA pourrait être justifié pour des usages stratégiques, mais actuellement, la consommation va vers des activités récréatives », affirme-t-il. Data One promet, de son côté, la création de 100 à 200 emplois sur le site, une annonce qui suscite un scepticisme parmi certains militants.
Une réunion d’information sur le supercalculateur est prévue ce samedi 25 avril, de 19h à 22h, à la caravane des possibles, place de l’Échiquier, au centre commercial de Servenoble à Villefontaine, coorganisée par l'association Roue Libre avec Greenpeace et d'autres groupes concernés.







