Des anciens élèves de l’École nationale supérieure de l’électronique et de ses applications (Ensea) à Cergy-Pontoise se lancent dans une aventure théâtrale immersive étonnante. La première représentation de leur œuvre aura lieu dans un lieu pour le moins original : la gare SNCF de Lyon.
Au sein de l’Ensea, une scène pour le moins intrigante prend vie. Un homme et une femme, militants engagés, tiennent en otage un dirigeant d’entreprise, qui patiente sur un banc, tandis que les étudiants, surpris, passent. C’est un véritable spectacle qui se déploie sans scène ni fauteuils, bouleversant ainsi les conventions théâtrales. Ce format est appelé « théâtre in situ », un concept qui réinvente le spectacle vivant.
La première aura lieu dans la gare SNCF de Lyon
« Shakespeare disait que le monde entier est un théâtre, il était visionnaire », commente Roland Auzet, le metteur en scène de cette pièce inédite, intitulée « Au nom des arbres ». Cette création originale émane de l’écrivain Laurent Gaudé, lauréat du prix Goncourt en 2004, qui devient ici un outil d’expérimentation.
« Le spectacle vivant doit constamment se renouveler », souligne Auzet. Le concept du Théâtre in situ (THIS) vise à créer un événement culturel dans un espace public prédéfini, en dehors des murs traditionnels du théâtre. La première sera donc présentée dans la galerie commerciale de la gare lyonnaise à la tombée de la nuit.
Bien que l’idée soit simple, sa mise en œuvre est complexe. Les répétitions ont donc lieu à l’Ensea, où le défi technique est surmonté par une collaboration entre la compagnie ActOpus et la société Augmented Acoustics.
« Je le dis souvent aux étudiants : la vie est faite d’opportunités », sourit Stéphane Dufossé, cofondateur de l’entreprise. Sa trajectoire l’a amené à travailler dans le secteur du Smartphone avant de se tourner vers le théâtre, en gardant un lien fort avec l’école où il enseigne.
« Le gros défi, c’est de faire du live »
Au terme d’une première répétition, Dufossé ne cache pas son enthousiasme : « Cela commence vraiment à ressembler à quelque chose ! » Grâce à un casque audio connecté à un smartphone, les spectateurs peuvent vivre l’intrigue au plus près des personnages. Cela requiert cependant une gestion technique fine. « La latence doit être minimale », précise Dufossé, car au théâtre, chaque instant, chaque geste doit être synchro avec le son.
« On demande aussi au spectateur de bouger »
Pour le public, l’expérience est réellement immersive. Au bout de quelques minutes, les spectateurs oublient les aspects techniques pour plonger dans l’histoire. S’approchant des personnages, le public se laisse entraîner dans le jeu. Les conventions s’effacent lorsque les comédiens se déplacent librement, rendant l’espace du théâtre fluide et vivant.
Victoire Dubois, qui incarne l’un des personnages, souligne : « Il y a quelque chose de joyeux dans cette opportunité de redéfinir l'espace public et d'éveiller l'imaginaire. » Thibault Vinçon, un autre acteur, ressent également un frisson créatif dans cette approche : « Le spectateur devient lui-même la caméra, libre de se placer où il le souhaite pour vivre l'action de près. »
Cette pièce ne se limite pas à une expérience sonore. Elle intégrera également des éléments visuels via des téléphones, des surprises qui seront révélées lors des premières représentations à Lyon, prévues du 23 au 25 avril. Par la suite, le spectacle emménagera à travers la France, permettant d’élargir son horizon. « La scène théâtrale actuelle est en quête de nouveaux publics », conclut Roland Auzet. « Il est temps de prendre des chemins inexplorés. »







