Lionel Collet, président de la Haute Autorité de santé (HAS), exprime son inquiétude face aux manœuvres insistantes des entreprises pharmaceutiques pour obtenir le remboursement de leurs médicaments par l'Assurance Maladie.
Depuis plusieurs mois, la pression sur la HAS atteint des niveaux alarmants, souligne Lionel Collet, dans un article du Monde. Les lobbyistes intensifient leurs efforts pour que leurs produits soient remboursés, ce qui constitue une prérogative de l'Autorité.
Le remboursement par la Sécurité sociale est synonyme de profits pour ces entreprises, garantissant des revenus stables et facilitant le retour sur investissement de leurs dépenses en recherche et développement (R&D). Comme l'indique L'Humanité, ce marché captif revêt une importance cruciale.
« Je n’exclus pas de révéler des noms d’entreprises si ces pratiques persistent »
Pour que les médicaments soient remboursés, les laboratoires doivent prouver un « service médical rendu » (SMR) qui soit soit meilleur, soit nouveau par rapport aux traitements existants. Plus le SMR est élevé, plus le remboursement sera conséquent. Des experts indépendants au sein de la HAS (notamment médecins et pharmaciens) sont chargés d'évaluer ces traitements, un processus essentiel pour les laboratoires, car il influence directement la négociation des prix. D'où l'intensité du lobbying exercé sur l'Autorité.
Face à ces actions, Lionel Collet met en garde : « Je n’exclus pas de révéler des noms d’entreprises si ces pratiques persistent. » Il fait état d'une situation où un industriel, mécontent de ne pas avoir reçu d'accès anticipé à l'Assurance Maladie, a alerté le président de la République et le Premier ministre, insinuant que la HAS entravait la politique industrielle française.
Malgré tout, Collet assure que la HAS n’a jamais cédé à la pression des instances gouvernementales, préservant ainsi son indépendance. Toutefois, cette situation soulève des préoccupations, surtout après une crise de conflits d'intérêts survenue plus de dix ans auparavant. En 2011, le Conseil d’État avait annulé des recommandations de la HAS sur le traitement du diabète de type 2, poussant le collectif Formindep à s'interroger sur les liens entre certains experts de la HAS et des groupes pharmaceutiques œuvrant dans ce domaine.







