Des mots comme "intrusive" ou "habile" fusent dans les couloirs des administrations suite à une circulaire du ministre Sébastien Lecornu. Ce document ordonne des dépistages de stupéfiants parmi les hauts fonctionnaires et les ministres, une décision qui ne laisse pas indifférent.
Selon la circulaire, consultée par l'AFP, les ministres doivent procéder à des tests salivaires, tant pour leurs collaborateurs que pour eux-mêmes. Ces dépistages concernent également de nombreux hauts fonctionnaires, préfets, ambassadeurs et agents ayant accès à des informations sensibles.
Lecornu justifie sa démarche en affirmant que l’usage de stupéfiants par des agents publics peut engendrer des vulnérabilités exploitables par des groupes criminels. Ainsi, la vigilance est de mise, surtout après l'exfiltration récente d'un membre de son cabinet pour des problèmes de drogue.
L'entourage du Premier ministre souligne que cette initiative vise à établir une exemplarité significative face aux responsabilités exercées. En parallèle, Lecornu annonce un "changement d’échelle" dans la lutte contre le narcotrafic, une question soulevée par Emmanuel Macron lors de son discours en novembre, où il évoquait les dangers du financement des narcotrafiquants par des élites urbaines.
Cependant, cette circulaire n'est pas sans controverses. Un conseiller ministériel, parlant sous couvert d'anonymat, s'inquiète de sa légalité, la qualifiant d'"infantilisante". Selon lui, instaurer un climat de défiance est contre-productif, surtout dans une période où la confiance au sein des administrations est cruciale.
D'autres voix, toutefois, trouvent cette initiative audacieuse. Un conseiller pense qu'il est crucial de ne plus tolérer la consommation de drogue, qui, selon lui, touche tous les milieux. Il voit même un écho à la montée des critiques de l'extrême droite contre le système politique, alimentant le stéréotype du "tous pourris".
La demande de dépistage coïncide d'ailleurs avec un courrier de Matignon aux ministres pour réduire leurs dépenses, ce qui a été perçu comme peu équitable. Les ministres ont jusqu'au 26 juin pour présenter un plan d'action concernant cette nouvelle directive.
Les employés concernés, près de 300 personnes dont 200 ambassadeurs, recevront des garanties pour demander des contre-expertises et protéger leurs données personnelles, une condition essentielle évoquée lors des négociations avec les représentants du personnel.
Sylvie Aebischer, représentante de la CGT pour la Fonction publique d'État, refuse de commenter, plaidant pour des discussions sur les salaires et les conditions de travail avant tout. En revanche, Laure Revel de la CFDT souligne que cette problématique, qui dépasse largement la haute fonction publique, devrait être abordée avec prudence, questionnant même la pertinence de cette circulaire.







