À travers « La cendre et le feu », Tugdual Denis nous plonge dans une exploration passionnante de la droite française, un véritable portrait enflammé des enjeux et des figures marquantes de ce camp politique. Le livre sert aussi d'autobiographie implicite de l'auteur, dont l'expérience au sein de Valeurs actuelles éclaire son récit.
Denis évoque des souvenirs d’enfance marquants à Louveciennes, où son père s’illustre, imprégné d’un parfum de Gauloises. L'auteur se remémore « ses joues froides de marcheur en hiver » lorsqu’il rentrait chez lui, une commune qui, malgré son charme, cache de nombreux secrets.
Dans son livre, Denis se remémore les escapades juvéniles avec son frère dans les prairies de Marly-le-Roi, un terrain de jeux illégaux où il assumait le goût de la transgression. Lors de ces chasses présidentielles, « nous imaginons, courant illégalement à travers ses prairies », témoignant d’un monde peuplé par des personnalités influentes sous le mandat de François Mitterrand.
Il note la fascination que la droite ressentait pour un président qui, malgré ses origines, fut perçu comme étranger dans cette sphère politique. Mitterrand, dans ses interactions avec les membres du milieu, a su tisser des liens particuliers, et Denis nous rappelle ces multiplexes sialés où le président s’invitait, défiant les conventions.
Pour Denis, la cendre représente cette droite qui, bien que souvent sur la défensive, ne peut se résoudre à disparaître. Ses mots résonnent : « On croit vous faire naître du mauvais côté de la société, mais une fois passée la gêne, tout devient récompense. » Ce regard introspectif se traduit par un style incisif, à la fois critique et sincère.
Je viens d’un pays qui n’existe plus...
Ce livre révèle comment cette droite, souvent présentée comme résignée, a su se maintenir. Les observateurs soulignent que la bourgeoisie catholique, décrite avec tendresse par Denis, se débat pour préserver son essence face à un monde en mutation. Son regard nostalgique sur un « pays qui n’existe plus » évoque une quête d'identité perdue.
Dans la cage du fauve
Denis n’épargne pas les figures controversées, comme Jean-Marie Le Pen, croisé dans des rencontres parfois cocasses. Sa plume agile nous fait découvrir des anecdotes savoureuses, témoignant d’une facette humaine, souvent méconnue, du leader frontiste. À Montretout, il évoque ces moments où le célèbre homme politique s'illustre dans les situations les plus inattendues.
Malgré son affiliation complexe à cette droite, Denis ne craint pas de partager ses hésitations politiques. Au fil des pages, il révèle sa propre évolution, oscillant entre fascination et critique de ses idoles d’antan.
Il aborde ensuite des sujets tels que les distinctions excessives entre les classes, en évoquant les interactions avec des intellectuels, tout en révélant les tensions que ces rencontres peuvent susciter.
Je regarde le visage plein de bonté d’Alban...
À travers ses réflexions sur son milieu, Denis nous questionne sur les lignes de fracture qui traversent la société. Son sens critique s’accompagne d’un regard bienveillant, une volonté d’apprendre de l’histoire pour mieux construire l’avenir.
En examinant la relation complexe qu'il entretient avec François Fillon, il interroge le lecteur : l’héritage politique, malgré ses cendres, peut-il encore porter de futures étincelles ? Seul l’avenir nous le dira. Ce récit de Tugdual Denis s’érige en miroir d’une droite qui rêve de renaissance, tout en restant profondément ancrée dans ses traditions.
La cendre et le feu, de Tugdual Denis, Robert Laffont, 336 pages, 21,90 €.







