Le procès en appel entourant le financement libyen de la campagne présidentielle de Nicolas Sarkozy s'ouvre avec une attention palpable. L'ancien président, qui avait gardé le silence jusqu'ici, prendra la parole à partir de mardi pour un interrogatoire qui pourrait durer jusqu'à quatre jours.
Lors de son premier procès, Sarkozy n'avait pas hésité à clamer son innocence et à parler d'une "infamie". Après sa condamnation pour association de malfaiteurs, qui lui a valu une peine de cinq ans de prison ferme, il avait dénoncé une décision influencée par la "haine". Ce procès en appel pourrait revêtir une importance capitale pour son avenir politique et personnel.
"J'ai fait appel parce que je n'ai commis aucun des faits pour lesquels j'ai été condamné. Je mobiliserai toutes mes forces pour défendre cette vérité", a-t-il déclaré avec fermeté, deux jours après le début des audiences, rapportent plusieurs médias, dont Le Monde.
Le président de la cour d'appel, Olivier Géron, a prévu une prise de parole exhaustive, reflétant l'importance des enjeux soulevés par cette affaire. En effet, l'ancien chef d'État français est soupçonné d'avoir reçu des fonds secrets de la Libye de Mouammar Khadafi pour sa campagne présidentielle victorieuse de 2007.
Le jugement de première instance a relaxé Sarkozy pour trois des quatre infractions, les juges considérant que l’existence d’un financement libyen n’était pas prouvée. Pourtant, il y avait bel et bien eu un transfert documenté de 6,5 millions d'euros par la Libye en 2006, sans preuve formelle que cette somme ait été utilisée pour sa campagne électorale.
- Rendez-vous sous tension -
Nicolas Sarkozy a laissé ses proches collaborateurs, Claude Guéant et Brice Hortefeux, entamer des discussions secrètes avec le pouvoir libyen, en particulier avec Abdallah Senoussi, condamné en France pour son implication dans le tristement célèbre attentat du DC-10 d’UTA en 1989.
Pour ce nouveau procès, Claude Guéant ne sera pas entendu, ayant été considéré médicalement inapte à comparaître. En revanche, Brice Hortefeux a maintenu sa version, expliquant que sa rencontre avec Senoussi, guidée par des circonstances malheureuses, n'a été qu'un "piège" orchestré par Ziad Takieddine, intermédiaire controversé. "Aucun financement de la campagne n'a été abordé durant cette rencontre", assure-t-il.
Eric Woerth, également impliqué et précédemment relaxé, a tenté de convaincre les juges que les 35.000 euros en espèces circulant durant la campagne provenaient de généreux donateurs, et non de fonds libyens.
Les familles des victimes de l'attentat du DC-10 d'UTA ont exprimé leur indignation à l'égard de Sarkozy et de ses associés. "Pouviez-vous dîner avec l'assassin de votre proche ?", a lancé Françoise Tenenbaum-Klein, sœur d'une des victimes, évoquant un devoir de mémoire trop souvent sacrifié.
Maryvone Raveneau, veuve du pilote du vol UTA 772, a dénoncé l'abandon de la mémoire des morts sur l'autel des ambitions personnelles. Cette affaire, qui mêle enjeux politiques et tragédies humaines, continue d’alimenter le débat public autour de l’héritage de Nicolas Sarkozy.







