
Le Maroc, un pays chargé d'histoire, fascine souvent par sa complexité. Dans son nouvel ouvrage, Maroc, le défi de la puissance, l'économiste Abdelmalek Alaoui propose une analyse approfondie du royaume chérifien, une des plus complètes depuis son indépendance en 1955.
Alaoui, reconnu pour être le premier auteur marocain à avoir été publié dans le Project Syndicate en quinze ans, présente une vision pertinente du « modèle économique » du Maroc. Lors d'une récente rencontre au Cercle Interallié, organisée par le Club Choiseul Africa, l'attrait pour le sujet s'est confirmé, la salle étant comble lors des deux événements de lancement.
Le Maroc dans la mondialisation
Dans son livre, Alaoui retrace l'histoire contemporaine du Maroc, mettant en lumière que ses succès récents sont ancrés dans une vision monarchique du temps et de la gouvernance. Le roi Mohammed VI y tient un rôle central, garantissant la stabilité des institutions.
Pour beaucoup de Français, le Maroc incarne un paradoxe : une monarchie traditionnelle qui a su moderniser ses structures et se positionner favorablement dans la globalisation. Contrairement à l'Algérie, riche en ressources énergétiques, le Maroc a dû s'appuyer sur son agriculture et ses gisements de phosphate, un accord qui s'est révélé audacieux, surtout lorsque, à son indépendance, son PIB dépendait à 80 % des industries extractives.
Au Club Choiseul Africa, Alaoui soulignait : "Historiquement, le Maroc a perdu ses villes fortifiées sous le protectorat. En 1955, alors que le pays avait 11 millions d'habitants, à peine 1 395 décrochaient le baccalauréat. Ceci rendit difficile la construction d'une administration, d'une armée ou même de systèmes éducatifs fiables !".
Il est essentiel qu'un auteur marocain raconte cette histoire, car beaucoup de références à son économie et sa géographie ont coutume d'émaner d'experts étrangers. Le livre d'Alaoui s'inscrit dans la continuité des travaux de Charles-André Julien, dont le livre Le Maroc face aux impérialismes : 1415-1956 reste une référence incontournable. Alaoui explore les règnes des rois Hassan II et Mohammed VI, partageant une vision qui perdure face aux idéologies éphémères de l'époque.
Défis contemporains et perspectives d'avenir
Les défis ne manquent pas : tensions militaires, réchauffement climatique, et adaptation aux technologies modernes, notamment l'intelligence artificielle. L'un des enjeux majeurs demeure l'emploi des jeunes, ainsi que l'aménagement des territoires ruraux, souvent laissés pour compte. Les déclarations de Mohammed VI sur la nécessité d'éviter une société à deux vitesses illustrent cette préoccupation.
Alaoui plaide également pour un engagement des élites économiques : "Nous, privilégiés, avons souvent délaissé l'arène politique. Il est essentiel pour notre classe de redynamiser notre implication dans le développement du pays, à travers l'investissement dans les compétences des jeunes".
Les relations entre le Maroc et la France sont en évolution, marquées par un réchauffement mutuel. Pour Alaoui, "la relation d'égal à égal, construite par des personnalités des deux rives de la Méditerranée, pourrait dépasser les comportements anciens basés sur la défiance et la condescendance". Les accords récents, signés en 2024, montrent une volonté de co-investissement et de décisions communes.







